Contribution de
Le Simple Point
Mon couple   sexo-psycho  

L'une de mes leçons préférées : Perdre son hymen de soie

Mon hymen de soie se reforme. L'hymen de soie ? Mais si, vous connaissez. Celui qui se reforme après plusieurs mois d'abstinence, celui qui nous protège d'une relation à risque, celui qui se construit comme un mur de Berlin. Mais surtout, celui qui fait de nous une vierge dépucelée, une adolescente apeurée, une vieille fille coincée.

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Ce matin là, j'avais une tonne de chose de prévue: un article à écrire sur les sex-toys en vogue, les lettres de remerciements à envoyer aux acteurs ayant répondu à notre interview et me faire inviter par Thomas au café. Journée chargée. Je démarrai donc au chapeau de roue, frottant mes yeux mi-clos et me servant un thé pour réveiller mon corps embrumé. Je rapprochai le clavier, commençai mes recherches sur Google et fut interrompue par Gertrude qui entrait dans le bureau, en furie. "Je ne suis plus vierge" me cria-t-elle, s'importunant peu du stagiaire qui était dans le même bureau que nous. Je relevai immédiatement la tête de mon écran, surprise d'entendre de telles absurdités. Gertrude n'était plus vierge depuis un moment. Malgré son physique peu attrayant, elle avait aisément trouvé, lors d'une soirée étudiante, quelques années auparavant, un étalon prêt à kidnapper son bijou.

Mais rien n'y faisait, elle s'obstinait à hurler la perte de sa virginité à qui voulait l'entendre. Elle se jeta dans son fauteuil que je cru détruit sous le poids de l'impact, éjecta son sac à main par dessus le bureau et commença à me conter cette longue histoire. Elle me parla d'une rencontre lors de la soirée du nouvel an, un jeune homme étudiant en 5eme année de droit, qu'elle ne quitta plus dès qu'ils échangèrent leur premier regard. Il n'essaya ni de coucher avec elle, ni même de l'embrasser. Il n'en avait sans doute pas envie. Un gentleman.  Puis, elle continuait, me détaillant les soirées qui ont suivies. Le premier bisou, le premier fou rire et la première visite au musée. Et après tout ça, après le romantisme et les étreintes d'adolescent, j’eus de nouveau le droit à sa théorie de l'hymen reconstruit. D'après Gertrude, en cessant de coucher pendant quelques semaines pendant plusieurs mois, votre vagin se désintègre et, luttant contre la moisissure, il forme un hymen factice, une sorte de barrière à la poussière.




C'était un matin d'été, 27 mois d'abstinence à son actif. Après plus de deux ans de chasteté, de privation, de censure involontaire, elle avait ressenti, dans le bas du ventre, des contractions et des brûlures. Elle s'était empressée d'appeler son gourou, Monsieur Cherst, un soi disant médecin, plus magicien que scientifique. A chaque rhume d'hiver, il ne lui prescrivait que des plantes et lui disait que tout était dans la tête. "Le mal créé le mal, pensez juste et votre corps fera le reste" lui avait-il dis. Depuis, elle invoquait des dieux fictifs à chaque douleur et leur ordonnait de la libérer du mal. Une cinglée cette Gertrude.

Et c'est ce qu'elle avait fait lorsqu'elle pensa que son hymen se reconstruisait. Monsieur Cherst lui avait dit qu'une méditation lui ferait du bien et qu'elle devait "réfléchir sur elle même". Comme une évidence, elle avait allumé des bougies dans tout son salon, avait mis un fond de musique et avait conjuré le mauvais sort. Totalement nue, Gertrude avait dansé pendant des heures, mamelons au vent et forêt vierge à l'air, marmonnant des paroles prophètes et, de toute son âme spirituel, avait tenté de trouver la source de ce conflit interne. Et sans explication aucune, sans une once de rationalité, elle s'était vue courir dans un long tunnel sombre, affolée, sans but et recouverte de boue. Elle courrait, courrait, et lorsque enfin elle en sortit, elle avait ressenti une chaleur l'enrôler, une luminosité l'embaumer et la pureté la nettoyer. Elle se retourna, et, devant l'entrée du tunnel, un drap de soie vint se déposer, empêchant l'accès à l'obscurité.

Nul besoin de vous expliquer la métaphore : Gertrude s'était persuadée que le tunnel était son vagin et le drap de soie son hymen. Bout de tissu que son nouveau prétendant avait visiblement arraché hier dans la nuit, bout de tissu qu'elle avait enfin osé détruire. Et j'avais le droit aux détails croustillants, à la manière dont elle avait vu le train entrer dans le tunnel, arrachant le drap et laissant entrer la lumière. "La gare reprend du service" m'avait-elle dit, les pattes écartées devant Colin, le petit stagiaire, enregistrant la moindre de ses paroles. Gertrude rayonnait de joie, de bonheur et me faisait envie. Je reprenais mon clavier et mon inspiration, et comme une évidence, je notai les premiers mots de l'article du jours :  " Parfois, chers cul-tivés, il faut savoir abandonner votre hymen de soie."

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