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Une reine éperdue

Une reine éperdue

Isabelle Adjani signe avec Kinship son retour après 8 ans d'absence sur les planches du Théâtre de Paris.

Alors oui c'était un grand bonheur de la retrouver sur scène, de la voir si près, d'entendre son incroyable voix, de la trouver belle, toujours, et ce malgré toutes les épreuves du temps et de la vie. 

Dans Kinship Isabelle Adjani est une rédactrice en chef qui va s'éprendre d'un jeune débutant journaliste (joué par Niels Schneider) qui n'est autre que le fils de sa meilleure amie (Vittoria Scognamiglio). Aucun des trois personnages ne sait le lien qui existe entre eux, du moins au début. En métaphore filée tout au long des scènes la Phèdre de Racine -grande amoureuse devant l'éternel s'il en est- vient tisser un lien entre la tragédie antique et cette histoire d'une cougar prise au jeu de l'amour.

La mise en scène en toutes petites séquences génère beaucoup de pauses qui servent en pénombre à de rapides changements d'un décor minimaliste et efficace sur une belle musique d'Olivier Schultheis, mais on regarde de fait le tout comme une succession de tableaux où le rythme manque. Cette idylle naissante et soudain déjà supposément débordante reste une belle supposition, un préalable qu'il est difficile de croire : le jeu d'Adjani est juste et précis, diamant paré des plus beaux feux, mais les dialogues plats interdisent l'élan que les situations suggèrent, si bien qu'au final (et sauf pour une scène), il est difficile de s'interdire de penser que le contrôle et la technique sont des moteurs contraire à l'émotion. Il y a comme quelque chose qui ne prend pas dans Kinship.

Niels Schneider très bien et plein d'énergie fait jeune premier que l'on s'attendrait à rencontrer dans une pièce de Musset et Vittoria Scognamiglio qui a remplacé au pied levé la désertrice Carmen Maura apporte dans le rôle de cette mère folle de son fils la petite touche de réalisme et de légèreté qui aurait manquée sinon. 

Très beau moment cependant -et très touchant, les larmes en couronne- que la dernière grande tirade d'Isabelle, mais on l'écoute alors plus pour ce que ces mots disent sur elle et le miroir que cette pièce lui tend, que comme le dénouement de la pièce. 

Voilà... comme un goût de rendez-vous manqué avec la Sublime, mais l'envie soudaine de relire Phèdre et de se rappeler sa voix.

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