À 70 ans, elle confie à sa coiffeuse ce qu’elle tait à ses enfants : le signal inquiétant d’un malaise silencieux
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À 70 ans, elle confie ses blessures à sa coiffeuse confidente des personnes âgées plutôt qu’à ses propres enfants. Que révèle ce fauteuil de salon sur la solitude silencieuse des seniors et la fatigue de ces professionnelles ?
Près de 43 % des plus de 60 ans disent se sentir régulièrement seuls, selon une étude de l’Université de Californie à San Francisco. Cette solitude augmente de 59 % le risque de déclin fonctionnel, mais les chiffres ne disent rien d’une chose simple : quand on vieillit, à qui raconte-t-on ce qu’on ne peut plus confier à sa famille ?
Dans un témoignage publié sur le site VegOut Mag, une femme de 70 ans raconte qu’elle paie 47 dollars, soit quelques dizaines d’euros, toutes les six semaines, plus 40 % de pourboire, pour une coupe de cheveux qui est surtout une heure d’écoute. Depuis dix-neuf ans, elle confie ses joies, ses peurs et son deuil à la même coiffeuse. Pour elle, cette oreille attentive s’appelle Diane.
Quand la coiffeuse devient la principale confidente d’une septuagénaire
Un jour, assise dans ce fauteuil qu’elle connaît par cœur, la septuagénaire lâche à sa coiffeuse : « Tu sais, Diane, tu es la seule personne qui sait que je sors encore deux tasses de café chaque matin ». Diane suspend ses ciseaux et demande simplement : « Encore ? » Le reste se dit dans le silence partagé du miroir.
La cliente assure que ses enfants l’aiment et l’appellent chaque dimanche, mais que les échanges restent centrés sur la santé, les courses, les petits-enfants. Diane, elle, pose d’autres questions et attend la vraie réponse, même si elle prend tout le rendez-vous. « A 70 ans, j’ai découvert autre chose : j’ai besoin d’un témoin à moi », écrit-elle.
Solitude des seniors : quand la coiffeuse confidente des personnes âgées remplace les enfants
Cette femme se demande : « Où vont toutes les histoires que l’on porte si on ne les dit jamais à voix haute ? » Pour elle, la réponse tient dans ce salon. Elle y a raconté l’élève qui s’est suicidé quand elle était enseignante, la pauvreté après l’abandon de son premier mari et la peur de ne pas avoir été une bonne mère.
Ces confidences n’ont pas leur place aux repas de famille, où ses enfants ont besoin d’une version solide de leur mère, alors que la coiffeuse entend la femme entière. « Le pourboire de 40 % n’est pas un geste généreux, c’est le tarif du marché pour un travail que ma propre famille a refusé d’assurer », écrit-elle.
Un métier de coiffeuse sous pression, entre écoute et épuisement
En France, le rôle social de ces professionnelles se renforce alors même que leur métier se fragilise. Plus de 30 000 coiffeurs exercent à domicile avec un statut de microentrepreneur, selon le Conseil national des entreprises de coiffure. Près de 8 sur 10 jugent leur rémunération insuffisante et trois quarts décrivent un épuisement des coiffeurs, physique et mental, après des cadences soutenues et des relations clients parfois tendues.
Seul un tiers des salariés imagine encore travailler longtemps en salon, alors que 4 coiffeurs sur 10 pensent à changer de métier et que la moitié des apprentis veulent s’installer à leur compte. Pour le secrétaire général du Cnec, Luc Hery, « Le management à la papa » n’a plus lieu d’être pour cette génération qui porte les soucis, les secrets et parfois le deuil de clients âgés dont le siège finit un jour par rester vide.
En bref
- À 70 ans, une femme raconte comment sa coiffeuse, vue toutes les six semaines, connaît mieux sa vie intime que ses enfants adultes.
- Les échanges familiaux restent pratiques et superficiels, tandis que la coiffeuse devient témoin des deuils, peurs et culpabilités que la septuagénaire tait chez elle.
- En France, la coiffeuse confidente des personnes âgées émerge sur fond de solitude, essor du domicile et épuisement des coiffeurs pointé par le CNEC.
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