À 70 ans, cette mère réalise trop tard cette erreur qui l’a fait disparaître aux yeux de ses enfants

Publié le Par Rédaction Elle adore
À 70 ans, cette mère réalise trop tard cette erreur qui l’a fait disparaître aux yeux de ses enfants © Reworld Media

À 70 ans, une mère réalise que son plus grand regret n’est pas ce qu’elle a fait pour ses enfants, mais ce qu’elle ne s’est jamais autorisée. Jusqu’où l’injonction à être un bon parent sans s’oublier peut-elle mener ?

Entre les chiffres d’enquêtes qui montent – jusqu’à 16 % de parents qui regrettent d’avoir eu des enfants en Espagne et 13 % en France selon une étude européenne de 2022 relayée par Magicmaman – se glisse un autre regret, plus silencieux. Celui de celles et ceux qui n’ont jamais cessé d’aimer leurs enfants, mais se sont perdus en route. C’est le cas d’une Américaine de 70 ans, dont le témoignage a frappé bien au-delà de son pays.

Dans ce récit publié par VegOut, elle résume son bilan d’une phrase dure : elle a été tellement occupée à être un « bon parent » qu’elle a oublié d’être une personne sous leurs yeux. Elle précise pourtant : « Si je pouvais revenir en arrière, je ne serais pas une mère moins dévouée. Mais je laisserais mes enfants me voir comme une personne qui se trouve être leur mère, plutôt qu’une mère qui avait l’habitude d’être une personne. » Cette nuance résonne fort avec les parents français pris dans l’injonction d’être un bon parent sans s’oublier.

Être un bon parent sans s’oublier : le piège sacrificiel

Après la séparation d’avec le père de ses enfants, cette mère a bâti son quotidien sur des listes : petits-déjeuners, trajets, cours à préparer, lessives, repas. Chaque minute servait à quelque chose, jamais à elle. Son fils de dix ans lui a demandé un jour au parc : « Mom, why don’t you ever play ? » Elle raconte avoir réalisé qu’elle avait oublié qu’un adulte pouvait jouer, rire fort, flâner sans but.

Un faux diagnostic de cancer du sein à 52 ans a tout bousculé. Dans la salle d’attente, elle n’a pas pensé aux devoirs ni aux courses, mais à la poésie abandonnée et aux cours d’art jamais pris. Elle s’est alors imposé une heure par jour pour une activité « inutile » : aquarelle ratée, lecture de poésie, jardinage. Au début, la culpabilité l’écrasait, puis ce temps gratuit a rouvert une porte sur elle-même.

Quand l’idéal du « bon parent » fabrique du regret

Le regret de cette septuagénaire s’inscrit dans un paysage plus large. Le sondage européen cité par Magicmaman, mené auprès de 3 486 personnes dans cinq pays, posait une question directe : « Dans quelle mesure regrettez-vous d’avoir des enfants ? » En Espagne, 16 % des parents ont répondu positivement, 15 % en Allemagne, 13 % en France, 11 % au Royaume-Uni et 9 % en Italie. Magicmaman rappelle que ce regret ne signifie pas absence d’amour, mais fatigue, perte de liberté, manque de soutien.

Le site Journal des seniors évoque d’autres travaux où « entre 8 % et 17 % des parents avouent ressentir parfois du regret d’avoir eu des enfants », souvent liés à l’isolement et à la charge mentale. Un baromètre Kinder-Ipsos relayé par Parents.fr indique que 92 % des parents français considèrent qu’il n’existe pas de réussite plus grande que d’être un bon parent, et que 70 % ont le sentiment que la société attend cela d’eux. Sous cette pression, beaucoup glissent vers une parentalité où l’on se sacrifie totalement, jusqu’à disparaître.

À 70 ans, comment réparer sans se noyer dans le remords ?

Dans le témoignage de VegOut, la reconstruction passe par des gestes minuscules : apprendre l’italien juste pour le plaisir, rejoindre un groupe de randonnée, danser dans la cuisine même si le dîner brûle un peu. Ses enfants adultes, eux, peinent à suivre. Son fils lui demande « pour quoi faire ? » quand elle parle de cours de langue, sa fille s’inquiète qu’elle « en fasse trop ». Ils ont intégré l’idée que la joie doit toujours avoir une utilité.

Le Journal des seniors rappelle que « plus on en parle, moins on se sent seul ». Pour les parents et grands-parents d’aujourd’hui, l’enjeu est là : oser nommer cette fatigue, reconnaître aux enfants ce qu’on leur a transmis sans le vouloir et, surtout, offrir un autre modèle maintenant. Proposer de garder les petits pour que leurs parents soufflent, dire non à certaines sollicitations, revendiquer des passions personnelles : ces actes simples montrent qu’un adulte peut aimer fort ses enfants tout en restant pleinement vivant.

En bref

  • En 2022, une Américaine de 70 ans relit sa vie de mère sacrificielle à la lumière des chiffres sur le regret parental en Europe.
  • Elle raconte comment l’injonction à être un bon parent sans s’oublier a façonné son quotidien, sa santé et le modèle transmis à ses enfants.
  • Entre remords, reconstruction tardive et rôle de grand-parent, son témoignage esquisse une autre façon d’aimer ses enfants en restant pleinement vivant.