Après une journée stressante, cette habitude avec vos émotions vous protège de l'alcool sans que vous le sachiez
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Après une journée qui dérape, certains se contentent de dire qu’ils vont mal, d’autres savent nommer leurs émotions. Cette nuance discrète change profondément le rapport au stress et à l’alcool.
Une journée qui part en vrille, ça arrive vite : réunion qui tourne mal, collègue agressive, message sec de votre boss, enfants survoltés le soir. Le soir venu, certaines disent juste « je me sens mal ». D’autres arrivent à préciser « je suis déçue, un peu rancunière, et franchement humiliée par cette réunion ». Cette différence de façon de nommer ses émotions change plus de choses qu’on ne l’imagine.
Les psychologues parlent de différenciation émotionnelle ou de granularité émotionnelle pour désigner cette capacité à mettre des mots précis sur ce qu’on ressent. Selon des travaux récents, les personnes qui distinguent mieux « déçue », « rancunière » ou « humiliée » plutôt que de tout ranger dans « ça va mal » se remettent plus vite de leurs journées stressantes et sont moins susceptibles de boire pour faire face.
Différenciation émotionnelle : de “je vais mal” à “je suis surtout déçue”
Concrètement, la différenciation émotionnelle décrit l’écart entre quelqu’un qui ne sait dire que « je vais mal » après une journée compliquée et quelqu’un qui peut distinguer plusieurs ressentis en même temps : frustration envers une collègue, déception envers soi, gêne à cause d’un échange public. Les émotions restent désagréables, mais elles ne forment plus un bloc indistinct.
Dans la littérature scientifique en psychologie, on parle de granularité émotionnelle. Ce n’est pas un jargon réservé aux thérapeutes, plutôt une habitude de prêter attention à ce qui se passe à l’intérieur. On ne « crée » pas des émotions en les nommant, on les rend simplement plus nettes, ce qui ouvre plus facilement la porte au choix de la réponse, et pas seulement à la réaction à chaud.
Ce que montre l’étude de Todd Kashdan sur émotions et alcool
Une étude menée par le psychologue Todd Kashdan à la George Mason University, avec des collègues de l’University at Buffalo, a suivi 106 jeunes buveurs sociaux pendant trois semaines. Équipés de petits ordinateurs de poche, ils décrivaient plusieurs fois par jour leur état émotionnel et indiquaient leur consommation d’alcool. Les chercheurs ont ensuite évalué à quel point chacun décrivait ses émotions avec précision.
Chez les participants qui vivaient des émotions négatives intenses, ceux qui utilisaient un vocabulaire plus fin buvaient nettement moins que ceux qui parlaient seulement de se sentir « bien » ou « mal ». Quand le niveau de stress restait faible, l’écart disparaissait presque. L’étude, publiée dans la revue Psychological Science, décrit un lien statistique, pas une ordonnance médicale, mais elle pointe un moment clé : les jours les plus difficiles, la façon de nommer ce qu’on ressent semble peser dans la balance avant d’ouvrir une bouteille.
Pourquoi mieux nommer aide… et comment s’y entraîner
Une revue scientifique signée par Todd Kashdan et la psychologue Lisa Feldman Barrett décrit des personnes avec une différenciation émotionnelle élevée comme moins débordées par les situations stressantes et plus capables de prendre un peu de distance. Dire « je suis surtout rancunière parce que j’ai fait plus que ma part et que personne ne l’a vu » ressemble à un brouillard qui se dissipe, assez pour voir ce qui pose problème et ce qui pourrait réellement aider, au lieu de simplement chercher à anesthésier le tout par un verre.
Cette façon de faire peut se travailler par de petits gestes : préciser de quel type de colère ou de tristesse il s’agit, repérer en quoi deux mauvaises journées sont différentes, écrire une ou deux phrases « je me sens X parce que Y » avant de répondre à un message ou d’accepter un verre. Ces pistes ne remplacent pas un suivi médical ou psychologique ; si l’alcool devient un réflexe régulier pour tenir le coup, en parler à un médecin ou à un psychologue reste indiqué, la précision des mots étant un point de départ, pas un traitement en soi.
Sources
En bref
- Todd Kashdan et Lisa Feldman Barrett ont suivi pendant trois semaines 106 jeunes buveurs sociaux pour étudier l’impact de mieux nommer ses émotions.
- Les participants décrivant avec précision tristesse, rancœur ou humiliation semblaient mieux encaisser les journées stressantes et recouraient moins souvent à l’alcool.
- Ce contenu détaille comment enrichir son vocabulaire émotionnel au quotidien pour gagner en recul face aux coups durs sans céder au verre.
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