États-Unis : plus de 600 nouvelles librairies en 2025, alors que les écrans dominent, ce que les lecteurs y cherchent

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États-Unis : plus de 600 nouvelles librairies en 2025, alors que les écrans dominent, ce que les lecteurs y cherchent © Reworld Media

En 2025, 605 librairies indépendantes ont ouvert aux États-Unis, en plein règne d’Amazon et des écrans. Derrière ce retour inattendu, un besoin plus intime se dessine.

Une année dominée par les notifications, le streaming et les colis Amazon, et pourtant : en 2025, 605 nouvelles librairies indépendantes ont ouvert leurs portes aux États-Unis. Ce chiffre, recensé par l’American Booksellers Association (ABA), bouscule l’idée bien installée d’un monde où tout passerait par l’écran. Si les lectrices se déplacent encore jusqu’aux rayons papier, ce n’est pas par nostalgie uniquement, mais parce qu’elles y trouvent quelque chose que leurs applis ne savent pas offrir.

Derrière ce rebond des librairies indépendantes, la dynamique est nette : l’ABA a vu ses adhésions grimper de 19 % en un an et de 151 % sur six ans. Pas un simple bon Noël, donc, mais une tendance lourde, malgré la pression des géants du web, la hausse des coûts et les lois de censure. Cette obstination à ouvrir des librairies dit beaucoup de ce que les lectrices attendent de la lecture.

605 librairies nées en 2025 : un pari risqué mais assumé

Selon Allison Hill, dirigeante de l’ABA, 2025 a vu naître exactement 605 nouvelles librairies indépendantes à travers le pays, des boutiques de quartier mais aussi des formats plus souples comme des pop-up ou des librairies mobiles sur festivals et marchés. La majorité des librairies déjà installées ont déclaré de meilleures ventes qu’en 2024, tandis que la plateforme de vente en ligne de l’ABA a enregistré plus de 21 % de hausse. Rien, dans ces courbes, ne ressemble à un secteur en voie d’extinction.

Cette expansion se produit alors même que les libraires affrontent des coûts qui grimpent et la concurrence d’Amazon, que l’ABA décrit comme un « monopolistic chokehold », une emprise quasi étouffante. L’association mentionne aussi des campagnes de censure et des « book bans » visant certains titres, et a dû dépêcher une équipe dédiée à la liberté d’expression pour soutenir les libraires menacés. Ouvrir une librairie dans ce climat ressemble moins à un hobby romantique qu’à un geste de ténacité.

Ce qu’une librairie offre qu’aucune application ne sait imiter

Les chercheurs Anne Mangen et Adriaan van der Weel résument bien ce qui se joue côté lecture : « Les livres imprimés et le support papier donnent une physicalité évidente aux textes individuels ». Un fichier numérique reste interchangeable ; un poche plié, annoté, offert devient un objet singulier.

Un écran est conçu pour s’interrompre lui-même, afficher une alerte, proposer autre chose ; une étagère de livres attend en silence. Dans une librairie, une inconnue peut vous glisser « celui-là, je l’ai adoré », une flânerie fait surgir un titre qu’aucun algorithme n’aurait pensé à vous suggérer, et cette rencontre suffit parfois à casser une journée de solitude.

Des États-Unis à la France, la librairie comme refuge moderne

Aux États-Unis, l’ABA présente ces lieux comme un rempart culturel et social : clubs de lecture, rencontres d’autrices, ateliers, mais aussi vitrines qui assument de défendre la liberté de lire face aux tentatives de censure.

En France, le Syndicat de la Librairie Française recense 3 500 librairies indépendantes, plus de 10 000 emplois et 1,2 milliard d’euros de chiffre d’affaires, sans compter des villages du livre comme Montolieu ou Bécherel. Les lectrices y complètent l’usage des écrans par ces lieux-refuges où l’on prend le temps.

En bref

  • En 2025, Allison Hill et l’American Booksellers Association annoncent 605 nouvelles librairies indépendantes aux États-Unis, en plein règne d’Amazon et des censures.
  • Ouvertures de boutiques de quartier, librairies mobiles et pop-up, hausse de 21 % des ventes via IndieCommerce, tout indique une croissance durable et assumée.
  • Entre matérialité du livre papier, conseils personnalisés et refuge social, ces librairies indépendantes laissent entrevoir ce que cherchent encore les lectrices au-delà des écrans.