Si votre mère a tenu toute la famille dans les années 70-80, ce qu'elle a tu pèse encore lourd sur votre vie

Publié le Par Rédaction Elle adore
Si votre mère a tenu toute la famille dans les années 70-80, ce qu’elle a tu pèse encore lourd sur votre vie © Reworld Media

Dans la France des années 70‑80, des mères ont bâti l’infrastructure du quotidien sans jamais nommer ce que cela leur coûtait. Que faisons‑nous aujourd’hui de ce silence transmis ?

Elles se levaient avant tout le monde, coupaient le gaz en dernier, connaissaient par cœur les horaires de bus, les tailles de chaussures et les dates de rappel de vaccins. Dans les années 1970 et 80, des millions de mères ont fait tenir des familles entières, parfois avec un temps partiel, parfois sans salaire du tout.

Pourtant, à la maison, il n’existait pas de mot pour dire ce que ce marathon leur prenait dans le corps et dans la tête. Une phrase résume ce trou béant : « Personne ne se soucie du fait que les femmes qui ont tenu des familles entières dans les années 1970 et 80 n’avaient pas de mots pour dire ce que cela leur a coûté, l’infrastructure était réelle mais le silence aussi et nous avons hérité des deux. » Ce silence, beaucoup de filles d’aujourd’hui le sentent encore.

Charge mentale des mères des années 70 et 80 : un travail invisible mais permanent

Les sociologues parlent aujourd’hui de charge mentale ménagère et de travail domestique invisible pour décrire ce que vivaient déjà ces femmes : penser à tout, organiser, anticiper, tout en assurant une double journée pour celles qui avaient un emploi. Monique Haicault a théorisé en 1984 cette « journée redoublée », mais ces textes restaient loin des cuisines où l’on remuait les casseroles et les angoisses.

Dans les familles, surtout populaires ou rurales, les mères au foyer géraient aussi les rendez-vous médicaux, la paperasse, les devoirs, les vacances chez les grands-parents. Les mères isolées tenaient tout, souvent sans réseau d’aide. Aujourd’hui encore, les femmes réalisent environ 60 % du travail domestique et 72 % du « cœur » des tâches, et 54 % disent assumer la majorité des corvées, contre 7 % des hommes : une prolongation directe de ce modèle forgé dans les années 70-80.

Du silence aux mots : quand la parole se cherche, de la cuisine au tribunal

À l’époque, une « bonne mère » ne se plaignait pas. La presse féminine vendait l’image de la femme toujours souriante, propre sur elle et dans son salon. Il faudra attendre les années 2010, la BD d’Emma sur la charge mentale, puis #MeToo et #balancetonporc pour que d’autres formes de fatigue féminine sortent du huis clos. Dans les affaires récentes visant Patrick Bruel, Ophélie Fajfer déclare par exemple : « Il a aspiré ma poitrine très fort. Ça m’a meurtrie. Il était sur moi, très lourd. Pour éviter le pire et afin de me protéger, j’ai dû le masturber pour qu’il se calme, » avant de résumer : « Il m’a volé ma première fois, mon insouciance. » Elle parle aussi d' »Un nouvel espoir et un soulagement, » face à la reprise de sa plainte, tandis que l’avocate Jade Dousselin explique : « Nous ne pouvons que nous réjouir de l’ouverture rapide de cette enquête préliminaire, »

Dans un autre registre, la charge mentale devient thème d’enquêtes : 67 % des mères se disent épuisées, presque une sur deux évalue sa charge à 8 ou 9 sur 10, avec fatigue, irritabilité et stress. Ce que nos mères vivaient sans mots devient objet de sondages et de rapports officiels.

Héritage de la charge mentale : entre loyauté et envie de vivre autrement

Les filles de ces femmes ont grandi avec l’idée que l’amour, c’est se rendre indispensable et tenir bon, quoi qu’il en coûte. Beaucoup culpabilisent encore de demander de l’aide, de déléguer une lessive ou une réunion parents-profs. Pendant ce temps, le Haut Conseil à l’Égalité décrit des femmes « providentielles mais invisibles, sous-payées, surchargées », et le temps consacré directement aux enfants a été multiplié par environ 2,5 depuis les années 70.

Dans certains couples, des femmes renégocient aujourd’hui l’infrastructure familiale : listes partagées, vrais tours de garde, congé paternité utilisé à plein, recours assumé aux services extérieurs. D’autres commencent simplement par interroger leur mère ou leur grand-mère, pour mettre des mots sur ce qui n’a jamais été dit. Entre la gratitude pour ces vies données et le refus de rejouer le même scénario, une nouvelle façon d’habiter la famille est en train de se chercher.

En bref

  • Des mères des années 70‑80 aux filles d’aujourd’hui, l’histoire de la charge mentale ménagère se tisse entre travail invisible, double journée et silence appris.
  • Le texte décrit comment travail domestique invisible, injonctions de bonne mère et absence de mots ont façonné le quotidien familial et les mères isolées.
  • Entre loyauté envers ces mères héroïques et désir de vivre autrement, s’esquissent des chemins pour transformer cet héritage sans en trahir la mémoire.