Écriture : cette obsession de bien faire qui te fait tout remettre au lendemain te coûte bien plus que tu ne crois

Publié le Par Rédaction Elle adore
Écriture : cette obsession de bien faire qui te fait tout remettre au lendemain te coûte bien plus que tu ne crois © Reworld Media

Tu tiens à ton texte, tu veux qu’il soit irréprochable, et pourtant tu repousses encore la page blanche. Quand la procrastination d’écriture s’installe, le prix à payer surprend souvent.

Tu connais sûrement ce scénario : tu rêves d’écrire un roman, un mémoire, même un simple mail important. Tu tiens à ce texte, tu veux bien faire… et tu le repousses jour après jour. La procrastination d’écriture ne touche pas seulement les « pas motivées » : elle frappe justement celles qui se soucient le plus de la qualité.

Pour une autrice comme Aurélie Gerlach, écrire un roman ressemble à un bras de fer quotidien avec son propre cerveau. Projet long, sans gratification immédiate, très personnel, entouré du prestige du livre et du syndrome de l’imposteur : cocktail parfait pour remettre à plus tard. Plus le projet compte, plus la peur de mal faire grossit… et plus tu t’éloignes du clavier.

Pourquoi « bien faire » fait traîner l’écriture

On incrimine souvent le manque de temps, alors que le vrai nœud est ailleurs : écrire expose. Un texte peut être jugé, une page blanche non. Des recherches menées par les psychologues Timothy Pychyl et Fuschia Sirois décrivent la procrastination comme une stratégie de gestion des émotions : on fuit les tâches qui déclenchent anxiété, doute, anticipation de l’échec, et on offre le problème à notre « moi futur ».

Le perfectionnisme ajoute une couche : il ne s’agit plus seulement de viser haut, mais de croire qu’un texte raté dirait quelque chose de grave sur ta valeur. Un premier jet, par définition plein de phrases bancales, devient alors insupportable. L’autrice Aurélie Gerlach le résume ainsi : « Le pire des romans, c’est celui que l’on n’écrit pas », rappel utile quand l’exigence bloque plus qu’elle n’élève.

Le vrai coût de la procrastination d’écriture

Cette habitude de décaler au lendemain a un prix très concret côté émotions : stress qui monte à l’approche d’une date, culpabilité diffuse toute la journée, estime de soi en berne parce que « je n’arrive jamais à m’y mettre ». Le cerveau ne se repose pas, il rumine. Le texte occupe l’arrière-plan en permanence, sans jamais avancer réellement.

Dans ses études sur les auteurs académiques, le psychologue Robert Boice a observé le profil du « binge writer » : attendre le grand créneau, écrire en panique, puis s’arrêter des semaines. Résultat : moins de pages produites sur la durée, plus d’angoisse et moins de satisfaction que celles et ceux qui écrivent un peu mais souvent. Attendre le moment parfait coûte cher en manuscrits inachevés, opportunités manquées et confiance qui s’effrite.

Écrire quand même : des routines qui déjouent le perfectionnisme

Le psychologue Paul Silvia l’a montré : compter sur la motivation est une impasse. Ce qui fonctionne, c’est de programmer des séances courtes et non négociables, comme un rendez-vous pro. Aurélie Gerlach a repéré ses heures les plus efficaces (fin de matinée, début de soirée) et y cale des blocs où elle se concentre uniquement sur le texte, téléphone enterré au fond d’un sac.

Autre arme anti-procrastination : le premier jet rapide. Écrire vite, minuteur réglé sur 10 ou 20 minutes, en acceptant que ce soit médiocre, puis se garder un temps de retouche à la fin. Mieux vaut un chapitre brouillon qu’un chapitre parfait… qui n’existe pas. Beaucoup d’autrices s’aident aussi de micro-objectifs (2 000 ou 3 000 signes) et d’une liste de choses accomplies où chaque « 1 000 signes écrits, OK » nourrit le sentiment d’avancer, même les jours où l’inspiration fait grise mine.

En bref

  • Autrices et chercheurs comme Aurélie Gerlach, Timothy Pychyl ou Robert Boice montrent comment la procrastination d’écriture touche surtout les projets qui comptent vraiment.
  • Le perfectionnisme, la peur d’être jugé et le mythe du bon moment nourrissent une habitude d’évitement qui épuise sans faire avancer le texte.
  • Des routines courtes, un premier jet assumé imparfait et quelques ajustements d’agenda changent pourtant la donne pour qui ose expérimenter vraiment.