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50 nuances de vide

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50 nuances de vide

Moi aussi, je l’ai vu ce 50 Shades of Grey au ciné… Et en vrai, j’aurais mieux fait de m’abstenir.

Je ne vais pas commencer par attaquer directement puisque
personne ne m’a poussée à aller voir 50 Shades of Grey au cinéma si ce
n’est ma propre curiosité. Le livre ? Je l’avais survolé, jugeant assez
vite la qualité littéraire fort médiocre mais songeant aussi que là n’était pas
forcément le but premier (je suis trop gentille, je crois). Quant à la
bande-annonce, je reconnais qu’elle m’a plutôt donné envie, la cover langoureuse du « Crazy in
Love » de Beyonce y contribuant beaucoup.
https://www.youtube.com/watch?v=Jl8fV1jUQPs

Pour le reste, je me suis pris plus de deux heures d’ennui
en pleine face… Jamais film érotique ne m’avait fait pareil effet ;)

Mais alors qu’est-ce qui cloche dans ce 50 Shades qui bat
des records d’entrée tandis que la plupart des spectateurs en ressortent
déçus ? Outre l’aspect « grand public » que certains huent sans
vergogne, en quoi le film peut-il être considéré comme mauvais ?
Alors que je m’infligeais cette séance de cinéma, j’ai eu looonguement le temps
de cogiter et me forger un avis sur la question:

- Pour un film qui parle de gris (de Grey, pardon) et de
nuances, c’est hyper manichéen. D’un côté Anastasia Steele, la nunuche blanche
comme neige et de l’autre le sombre, le ténébreux, le mystérieux Christian Grey
avec ses fouets et sa noire personnalité. Bouh. Déjà c’est mal parti.

- Le film caricature complètement ses personnages sans
jamais créer la moindre alchimie entre eux. (et ça, c’est très fort). En gros,
les deux récitent le scénario –passablement truffé de remarques audacieuses,
sans y croire le moins du monde, au point de conférer à l’ensemble la tension
sexuelle entre deux mollusques. Résultat : on assiste, incrédule, à des
dialogues fadasses et surjoués où Anastasia est à la limite du triple orgasme
en regardant Grey boire son café. Normal, quoi.

- Venons-en précisément à l’aspect érotique du film… Là où, vintage mood, un Emmanuelle
pouvait titiller un brin, le sexe de 50 Shades possède plutôt un aspect comique
(qu’au moins, le roman n’avait pas). Je m’explique : le côté « Hum,
tu n’as pas été une gentille fille, je vais te punir et te donner la
fessée » n’est ni excitant ni flippant. Mais il a eu le privilège de faire
rire la salle de cinéma entière ! Pas certaine que c’était le but
escompté. Et sinon, les jeux érotiques ou le
slow-motion s’invite de plein fouet (c’était facile) pour le petit effet
« parfum de scandale » assez kitsch, on en parle ?

- De fait, plutôt qu’une fable érotique, on assiste à une
comédie romantique un peu niaise mais avec du sexe. Non parce que Christian Grey
n’est pas vraiment méchant, entendons-nous bien. Il a des pratiques
« spéciales » certes, et il aime donner la fessée, mais en vrai, ce
que l’on voit tout de suite est qu’il endosse sans vergogne le rôle du bad boy au cœur tendre, raide dingue
amoureux de l’héroïne qui, elle bien sur, n’y croit pas. Plus sulfureux, tu
meurs.

- Là où le bât blesse, c’est l’héroïne aussi. C’est un peu
du domaine du surréalisme que d’imaginer de faire passer une jeune femme (a priori intelligente) d’une virginité –surjouée dans la naïveté- à un état de
nymphomane avancée, toute à la cause acquise de son cher et tendre, le tout en
un claquement de fesses. Trop c’est trop.

- Le héros ne tient pas d’avantage la route. Il nous sort
tout droit d’un spot publicitaire. Le genre beau gosse (comprendre lisse),
riche, gorgé d’adrénaline, pilote d’avion à ses heures et sexuellement débridé.
On le rencarde pour une future pub’ de parfum et on lui rajoute une petite
musique electro. Il sera parfait.

- Et enfin, la minute féministe. Anastasia n’est pas
certaine d’aimer les jeux SM de son copain (elle oscille un peu entre le oui,
mais non, mais si, mais elle ne sait pas). Mais comme il lui offre un Mac, une
voiture et des sorties en avion, elle accepte quand même parce que bon, c’est
quand même un Mac, une voiture et des sorties en avion. Il est donc tout à fait
normal de se faire « frapper » quand il y a des cadeaux (et un peu
d’amûûûr) en contrepartie… Un joli message, pas du tout vénal, à délivrer. Et
une femme tellement libérée que cette Anastasia (ahem).

En bref, tout ceci sonne bien creux. L’image de soumission que
le film délivre n’est pas particulièrement enthousiasmante, loin de là. La
femme est reléguée à l'état de ficus tout juste bon à être objet d’adulation et de
possession. Quant au contrat, il est le fil conducteur le plus bidon du monde
(dans le livre aussi, notons) puisqu’Anastasia ne le signe même pas. En dépit
de la première demi-heure qui met la trame en place et se laisse ainsi regarder,
il ne se passe RIEN, mais vraiment rien. Et au final, ce 50 Shades est aussi fake que le postérieur de l’actrice
dans le film.

J’aimerais sauver quelque chose mais c’est compliqué. Il
aurait, je pense, fallu prendre position de façon plus radicale entre
l’histoire d’amour grand public ou les pratiques sexuelles
« particulières » comme dit si bien Christian. Le cumul des deux, pas
très bien amené, donne un ensemble brouillon, peu crédible, qui se cherche
beaucoup mais ne se trouve jamais. Too
bad…

Et sinon, en ce moment au cinéma, il y a Imitation Game
et Les Nouveaux Héros que je vous conseillerais bien volontiers. Mais trêve
de plaisanterie. Si je n’ai pas adhéré au film, ce n’est que mon humble avis.
Et vous, avez-vous succombé à 50 Shades of Grey ?

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