Retraite : ces sexagénaires semblent les plus heureux, mais vous vous trompez sur leur vrai secret

Publié le Par Rédaction Elle adore
Retraite : ces sexagénaires semblent les plus heureux, mais vous vous trompez sur leur vrai secret © Reworld Media

À l’heure de la retraite, on répète qu’il faut rester occupé pour être heureux après 60 ans. Mais les seniors les plus sereins suivent souvent un autre scénario, plus discret.

Au moment de la retraite, les injonctions se ressemblent : rester actif, multiplier les sorties, voyager, s’inscrire partout pour entretenir le moral. Ce scénario rassure, surtout quand on sait que le bien-être chute souvent au milieu de la vie avant de remonter. Une étude du National Bureau of Economic Research portant sur environ 500 000 personnes aux Etats-Unis et en Europe montre en effet une courbe en U du bien-être, avec un creux vers la quarantaine puis une remontée après 50-60 ans. Mais cette remontée ne profite pas forcément à ceux qui ont l’agenda le plus chargé.

Pour le bonheur après 60 ans, beaucoup des personnes les plus sereines décrivent au contraire des journées simples, presque banales. Ce qui les rapproche n’est ni le nombre de voyages, ni une famille toujours disponible, mais une autre manière d’habiter le temps : elles ont cessé d’exiger de chaque journée qu’elle soit mémorable et cherchent plutôt si quelque chose a été vraiment savouré. Cette façon de vivre les « mardis ordinaires », décrite par le média VegOutMag, rejoint plusieurs travaux scientifiques sur le vieillissement psychologique.

Quand les chiffres disent que le bonheur remonte après 60 ans

Les données du National Bureau of Economic Research indiquent que le bien-être moyen baisse du début de l’âge adulte jusqu’au milieu ou à la fin de la quarantaine, puis remonte progressivement ensuite. Autrement dit, beaucoup de personnes se sentent plus calmes et globalement plus satisfaites en fin de soixantaine qu’à 45 ans, alors même que la santé, le statut professionnel ou les revenus ont parfois diminué.

L’Organisation mondiale de la Santé rappelle pourtant que cette remontée reste une moyenne. L’OMS estime qu’environ un quart des personnes âgées sont concernées par l’isolement social ou la solitude, et qu’environ une sur six subit une forme d’abus. Ces situations augmentent nettement le risque de dépression et d’anxiété. Le regain de bien-être n’est donc pas automatique : il dépend de la qualité des liens et du quotidien, plus que du simple fait de vieillir.

Moins de contacts, mais plus de sens dans les journées

La psychologue Laura Carstensen décrit, dans la théorie de la sélectivité socio-émotionnelle publiée dans The Gerontologist, un changement de priorité avec l’âge. Quand la perception du temps restant se raccourcit, beaucoup de personnes réduisent naturellement les relations superficielles et les obligations sociales « par politesse ». Elles gardent un cercle plus petit, mais composé d’échanges jugés vraiment importants sur le plan émotionnel. Le réseau se rétrécit, la densité affective augmente.

Deux personnes de 68 ans peuvent donc afficher des agendas similaires et vivre des semaines très différentes. L’une enchaîne rendez-vous, coups de fil et activités par peur du vide, en ressortant souvent vidée. L’autre laisse davantage de blancs dans sa journée, garde quelques rencontres choisies, prend le temps de savourer un café, une marche, un appel sans se presser. L’essai de VegOutMag décrit justement des vies où le contentement vient de ces détails, soutenu par ce que Carstensen appelle le « paradoxe du vieillissement » : le bien-être émotionnel augmente en moyenne alors que les ressources objectives baissent.

Apprendre à goûter les journées ordinaires, sans nier les difficultés

L’Organisation mondiale de la Santé insiste sur le rôle protecteur d’activités sociales porteuses de sens, qu’il s’agisse de bénévolat, d’un club ou d’un groupe créatif, plus que sur la quantité de sorties. Une façon concrète d’aller dans ce sens après 60 ans consiste à regarder son agenda en se demandant : quelles activités me nourrissent vraiment, lesquelles me laissent vidé ? Remplacer peu à peu certaines obligations par des créneaux libres à habiter comme on veut ouvre la porte à ce « savoring » des petits moments. Et si, malgré ces ajustements, tristesse, repli ou anxiété persistent, l’OMS recommande d’en parler au médecin traitant ou à des services de soutien : le fait d’avoir 60 ou 70 ans ne rend jamais la souffrance « normale » ou inévitable.

En bref

  • Le National Bureau of Economic Research et l’OMS décrivent un regain de bien-être après 60 ans, malgré santé et statut parfois en recul.
  • Des travaux comme ceux de Laura Carstensen montrent comment un réseau social plus restreint mais choisi modifie la façon de vivre le quotidien.
  • Le texte suggère qu’un autre rapport au temps, aux liens et aux journées ordinaires pourrait expliquer la sérénité de certains seniors.