Si vous vous excusez pour tout, ce que ce réflexe révèle vraiment de vous, selon les psychologues
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Dire « pardon » pour tout n’a rien d’anodin : ce réflexe s’enracine souvent dans l’anxiété sociale et une estime de soi abîmée. De l’enfance aux relations adultes, la psychologie éclaire ce mécanisme invisible qui façonne nos excuses.
Il y a ces personnes qui disent « pardon » pour tout : quand on les bouscule, quand le serveur se trompe, quand elles posent une question en réunion. À force, l’entourage trouve ça mignon ou un peu agaçant, sans toujours voir que quelque chose de plus profond se joue.
Derrière la question pourquoi certaines personnes s’excusent tout le temps, les psychologues décrivent un véritable mécanisme de protection, souvent installé très tôt. L’excuse ne sert plus seulement à réparer un tort, mais à tenir à distance la honte, le conflit ou le rejet. Derrière un simple « désolé », il y a souvent toute une histoire.
Entre anxiété sociale et estime de soi abîmée
Pour beaucoup, cette habitude découle d’une forte anxiété sociale. S’excuser sans arrêt revient à désamorcer à l’avance tout risque de tension, comme si la moindre gêne de l’autre pouvait tourner au drame. Ces personnes se sentent responsables de l’humeur de tout le monde et pensent qu’un « pardon » répété évitera la critique ou la colère.
Les études décrivent aussi une faible estime de soi : impression d’être de trop, de déranger dès qu’on prend la parole, parfois même de « s’excuser d’exister ». Une recherche publiée en 2019 a montré que les femmes s’excusent plus souvent, non parce qu’elles commettent plus d’erreurs, mais parce qu’elles jugent plus vite avoir mal agi. L’éducation très stricte, centrée sur la politesse et le « ne fais pas de vagues », renforce encore ce réflexe.
Quand l’enfance programme l’excuse permanente
Les spécialistes décrivent un schéma fréquent : celui de la parentification émotionnelle. Enfant, la personne a grandi avec un parent d’humeur imprévisible. Elle a compris que sa « mission » était de gérer la colère, la tristesse ou le stress de l’adulte. Un psychologue clinicien décrit ces excuses inappropriées répétées comme un mécanisme pour éviter la punition ou le gaslighting en prenant la faute sans protester. L’enfant apprend à scanner la pièce, en véritable hypervigilance émotionnelle, et à dire « pardon » avant même de savoir s’il a fait quelque chose.
Adulte, ce scénario se rejoue partout : au travail, en couple, avec les amis. Ces personnes s’excusent quand quelqu’un d’autre commet une erreur, ont du mal à poser des limites et se sentent coupables dès que quelqu’un va mal. Les recherches évoquent une fatigue émotionnelle massive, un risque accru d’anxiété et de dépression, mais aussi des relations déséquilibrées où l’on donne beaucoup plus qu’on ne reçoit.
Excuses réflexes, vraies excuses et fausses excuses
Les psys distinguent ces excuses réflexes des excuses sincères. Line Mourey, psychologue clinicienne interrogée par le HuffPost, met en garde contre les formulations du type « désolé si je t’ai blessé » : « Les excuses conditionnelles ne viennent pas réparer un tort, pointe la psychologue. Utiliser le si est maladroit, parce que ça ne reconnaît pas la blessure de l’autre comme un fait, mais comme une possibilité ». Ici, on minimise la souffrance, au lieu de l’assumer.
À l’autre extrême, certaines personnes ne prennent presque jamais leur part de responsabilité et enchaînent les fausses excuses. « Le silence peut être préférable à des excuses peu sincères, assure Sana Powell dans une publication Instagram. Des excuses non sincères ou ‘fausses excuses’ sont des déclarations formulées comme des excuses, mais qui n’expriment pas de remords, n’assument pas la responsabilité de leurs actes ou n’expriment pas l’intention de réparer le mal qui a été causé. » Pour celles et ceux qui s’excusent trop, le travail commence souvent par remarquer chaque « désolé » qui part tout seul, puis tester autre chose : expliquer calmement, dire merci, ou accepter de laisser un léger malaise sans aussitôt se déclarer coupable.
Sources
En bref
- En 2019, des psychologues comme Line Mourey analysent pourquoi certaines personnes s’excusent tout le temps et relient ce comportement à l’anxiété sociale.
- S’excuser pour tout devient un mécanisme de survie issu de l’enfance, nourri par la parentification émotionnelle, l’hypervigilance et une image de soi déformée.
- Entre excuses réflexes, excuses authentiques et fausses excuses, quelques pistes émergent pour ajuster sa responsabilité sans renoncer à la politesse ni à l’empathie.
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