Ce que personne ne vous dit sur vos vêtements : pourquoi le don en benne textile n’a plus rien de solidaire

Publié le ParRédaction Elle adore
Ce que personne ne vous dit sur vos vêtements : pourquoi le don en benne textile n’a plus rien de solidaire © Reworld Media

En France, les bennes à vêtements débordent et les collecteurs tirent la sonnette d’alarme. Derrière vos sacs de dons, une filière textile saturée vacille, avec des conséquences méconnues.

On remplit son sac de vieux pulls, on file à la benne textile au coin de la rue, avec la sensation d’avoir fait un geste généreux. L’image est bien ancrée : quelques heures plus tard, ces vêtements auraient trouvé une nouvelle vie sur les épaules de quelqu’un dans le besoin.

La réalité est beaucoup moins simple. En France, la filière de collecte textile est saturée, déficitaire et au bord de la rupture. Quand un acteur majeur comme Le Relais suspend brutalement ses collectes, des tonnes de sacs restent bloquées… et une question dérangeante surgit : que deviennent vraiment nos vieux vêtements ?

Après la benne, un circuit saturé pour vos vieux vêtements

Chaque année, environ 270 000 tonnes de déchets textiles sont collectées, alors que 850 000 tonnes de vêtements neufs arrivent sur le marché. Une petite partie seulement est réemployée en France, une autre part est revendue à l’étranger ou recyclée, et le reste finit brûlé ou enfoui. Autrement dit, la benne ressemble davantage à une porte d’entrée vers la gestion de déchets qu’à une chaîne solidaire miraculeuse.

Les centres de tri le constatent tous les jours : une part croissante des dons arrive sale, déchirée, humide, parfois mêlée à des ordures ménagères. Ces « poubelles textiles » obligent à manipuler, trier, puis payer pour éliminer des pièces qui n’auraient jamais dû quitter la poubelle classique. À grande échelle, ce réflexe pèse lourd sur un système déjà à bout de souffle.

Fast fashion, export en crise et modèle économique intenable

En cause, notre appétit pour la fast fashion : vêtements très bon marché, souvent en polyester, qui s’abîment vite et n’ont presque aucune valeur de réemploi. Longtemps, la France a expédié ses surplus vers l’Afrique. Mais les marchés locaux, saturés de fripes de mauvaise qualité, ferment peu à peu leurs portes. « Notre système de gestion des textiles et chaussures usagés est à bout de souffle. Le modèle sur lequel repose aujourd’hui l’essentiel de la filière – un export massif de vêtements usagés vers l’Afrique – n’est plus viable, ni économiquement, ni écologiquement », assurait l’éco-organisme Refashion dans un communiqué.

Dans ce contexte, le bras de fer entre Refashion et Le Relais a tout déclenché. La tonne triée est aujourd’hui rémunérée 156 euros, loin des 304 euros réclamés par l’opérateur. « Leur niveau de contribution est beaucoup trop faible et nous, on tire la langue. Si ça continue comme ça, on ne passera pas l’été. Si rien n’est fait, tout ce qu’on a construit depuis quarante ans va disparaître », alertait mardi Pascal Milleville, directeur régional du Relais en Bretagne, cité par 20 Minutes. L’État promet 49 millions d’euros en 2025 et 57 millions en 2026, pour monter autour de 223 puis 228 euros la tonne, mais l’équation reste fragile : trier coûte souvent plus cher que ce que rapporte la revente.

Que faire de ses vêtements quand la filière n’en peut plus ?

En attendant que le conflit se règle, les collectes du Relais sont suspendues et il n’est plus autorisé d’utiliser ses bennes. Les salariés en insertion se retrouvent en première ligne d’une crise qui est à la fois sociale, économique et écologique. Le Relais le rappelle : « Le consommateur a déjà payé sa part. Tout ce que l’on demande, c’est qu’elle nous soit rétribuée », dénonce l’entreprise.

Pour les particuliers, la marge de manœuvre existe tout de même. Concrètement, quelques réflexes limitent la casse :

  • Garder plus longtemps, réparer, repriser avant de se séparer d’un vêtement.
  • Privilégier le don direct ou la revente en seconde main quand le vêtement est vraiment en bon état.
  • Ne déposer en benne que des textiles propres et secs, dans un sac fermé, et jeter en ordures ménagères ce qui est irréparable ou souillé.

En bref

  • En 2025, Le Relais suspend ses collectes en France, révélant une filière de tri textile saturée malgré 270 000 tonnes de vêtements récupérés par an.
  • Entre fast fashion, dons de piètre qualité et export en crise, les centres de tri gèrent surtout des déchets textiles coûteux à traiter.
  • Gestes du quotidien, choix d’achat, usage raisonné des bennes : de nouvelles habitudes s’imposent pour éviter que nos vieux vêtements n’étouffent définitivement la filière.