Moins de 30 ans et déjà dans le rouge : ces "coups de pouce" en ligne qui font exploser le surendettement des jeunes

Publié le ParRédaction Elle adore
Moins de 30 ans et déjà dans le rouge : ces « coups de pouce » en ligne qui font exploser le surendettement des jeunes © Reworld Media

En France, le surendettement des moins de 30 ans explose, dopé par les mini-crédits et les paiements fractionnés sur smartphone. Comment une génération déjà précaire se retrouve-t-elle piégée avant même de commencer sa vie d’adulte ?

À 24 ans, premier CDI en poche, beaucoup pensent enfin souffler côté argent. Pourtant, une fois le loyer, les courses et les factures payés, le compte vire souvent au rouge bien plus vite que prévu. Un simple écran de smartphone suffit alors pour dégainer un « coup de pouce » présenté comme anodin.

La Banque de France observe une poussée inédite du surendettement des jeunes. En un an, les dossiers déposés par les 18-29 ans sont passés d’environ 12 500 à près de 17 000, soit une hausse de 36 %, avec un envol de 65 % pour les 18-25 ans. Derrière ces chiffres, une poignée de pièges bien concrets font dérailler le budget des moins de 30 ans.

Surendettement des jeunes : des chiffres qui s’emballent avant 30 ans

Les moins de 30 ans représentent désormais environ 12 % de l’ensemble des ménages surendettés, alors qu’ils débutent juste leur vie active. Leur revenu médian tourne autour de 1 206 euros, quand près d’un jeune de 15 à 24 ans sur cinq se retrouve au chômage, avec un taux de 21,5 % fin 2025. Avec si peu de marge, la moindre dépense imprévue devient un trou béant dans le budget.

Les profils les plus touchés cumulent fragilités : emplois précaires, temps partiel subi, familles monoparentales, femmes plus souvent en situation de bas salaire. Beaucoup vivent déjà sous le seuil de pauvreté au moment où arrivent les premières offres de crédit. Pour ces jeunes adultes, un découvert ou un petit prêt ne ressemble pas à un risque, mais à un simple outil pour tenir jusqu’à la fin du mois.

Mini-crédits et paiement fractionné : les nouveaux pièges des moins de 30 ans

Au cœur de la tempête, les mini-crédits proposés par des applications comme Floa, Finfrog ou Moneybounce. En quelques clics, un virement de moins de 200 euros arrive sur le compte, sans rendez-vous ni vrai contrôle de solvabilité. Ces acteurs vendent leurs avances comme de simples « petits coups de pouce », décrit Trucmania, alors qu’en s’additionnant ils se transforment en plusieurs milliers d’euros à rembourser, avec des frais parfois salés.

Autre engrenage : le paiement fractionné, ou « achetez maintenant, payez plus tard ». Les achats en trois ou quatre fois sans frais se multiplient sur les sites marchands et dans les applis. Pris un par un, ces contrats paraissent légers ; cumulés, ils occupent une partie croissante des dossiers de surendettement, passés d’environ 1 % à 17 % en quelques années, dont un tiers concerne des moins de 35 ans. Le loyer, les factures et ces petites mensualités finissent par avaler tout le reste à vivre.

Déjà dans le rouge : comment les jeunes peuvent limiter la casse

Quand les impayés s’enchaînent, certains se retrouvent fichés au FICP, le fichier des incidents de remboursement, qui bloque l’accès à de nouveaux crédits et complique même la location d’un logement. La Banque de France peut toutefois offrir une bouffée d’air : plus d’un dossier clos sur deux se termine par un effacement total ou partiel des dettes, pour environ 20 000 euros par foyer, après quelques mois de procédure.

Pour éviter d’en arriver là, les spécialistes recommandent de bâtir un budget dès le premier salaire, de refuser tout mini-crédit destiné à financer un achat plaisir et de lire chaque condition de paiement fractionné avant de valider. En cas de doute ou de dettes déjà trop lourdes, un rendez-vous gratuit avec une association de conseil ou une commission de surendettement peut aider à reprendre la main, avant que les « petits coups de pouce » ne se transforment en véritable piège.

En bref

  • En 2025, la Banque de France compte 17 000 dossiers de surendettement chez les 18-29 ans, soit 36 % de plus qu’en 2024.
  • Mini-crédits en ligne, paiements fractionnés et découverts autorisés s’additionnent discrètement dans le budget des jeunes jusqu’à rendre chaque fin de mois intenable.
  • Fichage FICP, dettes effacées, conseils budgétaires et recours auprès d’associations esquissent des sorties possibles, mais la ligne entre coup de pouce et piège reste ténue.