Maison : cette déco fifties jugée ringarde revient en force, les décorateurs ne jurent plus que par elle
© Reworld Media
Entre lignes strictes et pastels fifties, la déco années 50 s’invite à nouveau dans les intérieurs des décorateurs. Comment ce style international revisité transforme‑t‑il nos salons sans les figer en décor de film ?
Dans les intérieurs tendance, on voit revenir un drôle de mélange : meubles massifs mais minimalistes, lignes droites très affirmées, tables en marbre posées sur des tapis graphiques, couleurs sages rehaussées d’un vert menthe ou d’un jaune pâle. Longtemps jugée trop froide ou trop rétro, cette esthétique née dans les années 50 s’était faite discrète. Elle revient aujourd’hui en tête des moodboards des décorateurs, qui la déclinent du studio parisien au loft baigné de lumière.
Ce grand retour tient à une base architecturale ultra moderne, le style international, et à tout l’imaginaire joyeux de la déco années 50. Dans les films, les hôtels instagrammables et les pages des magazines, cette combinaison de géométrie stricte et de pastels acidulés s’impose comme un antidote à la grisaille. Reste une question qui intrigue : comment les décorateurs l’utilisent-ils pour réinventer nos salons sans tomber dans le décor de cinéma ?
Quand le style international redonne du souffle à la déco années 50
Le cœur du mouvement, c’est ce que les spécialistes appellent le style international. Né dans les années 20 et prolongé jusqu’aux années 80, il repose sur des formes géométriques épurées, des lignes rectilignes et un mobilier parfois imposant qui structure l’espace. Bois, marbre, métal et verre se combinent pour un rendu chic et robuste, avec des teintes neutres comme le beige, le gris, le blanc ou le noir qui installent une atmosphère calme et lumineuse.
Dans cette famille, les décorateurs piochent volontiers des icônes devenues incontournables : fauteuil « Barcelona » de Ludwig Mies van der Rohe, LC2 de Le Corbusier, fauteuil « Bibendum » d’Eileen Gray, potences de Jean Prouvé, table basse sculpturale d’Isamu Noguchi ou encore créations de Charlotte Perriand. Sobres et souvent tubulaires, ces pièces aux finitions sophistiquées apportent instantanément du relief à un salon, surtout lorsqu’elles trônent seules devant un grand mur clair.
Des intérieurs fifties aux couleurs pastel façon Wes Anderson
Pour la partie plus ludique de la déco années 50, beaucoup ont en tête l’esthétique de Wes Anderson. Dans Asteroid City, sorti en France le 21 juin 2023, la petite ville perdue dans le désert aligne diner à tabourets chromés, motel, station-service à une seule pompe et cabine téléphonique unique. Les couleurs pastel surexposées, les papiers-peints western, le Formica posé près du bois, les nappes à carreaux et les distributeurs bariolés construisent un patchwork très fifties qui inspire les moodboards actuels.
Pour ces décors, le chef décorateur Adam Stockhausen a tout fait bâtir spécialement pour le film. « Nous avons imaginé puis fabriqué ces décors en pleine pandémie en communiquant à distance avec des gens qui étaient sur place », raconte-t-il dans un entretien relayé par IDEAT. « Certains font cinq ou six étages de haut et se situent à plus de 300 mètres de distance ». « Pour l’un des décors, on s’est même retrouvés dans un hangar de stockage d’ail ». Ce soin maniaque nourrit aujourd’hui l’engouement pour un style fifties plus qualitatif.
Comment adopter la déco années 50 sans caricature
Dans nos intérieurs, les décorateurs préfèrent traduire cet esprit plutôt que copier un plateau de cinéma. Leur recette mêle base sobre héritée du style international et détails vintage choisis avec soin. Chez soi, l’idée est donc de garder la structure sobre du style international, puis d’y glisser quelques touches vintage : une enfilade en teck, une lampe géométrique, un motif graphique ou un pastel poudré suffisent souvent à faire basculer la pièce dans les années 50.
En bref
- Née dans l’après‑guerre, la déco années 50 issue du style international séduit à nouveau les décorateurs, portée par Wes Anderson et l’esthétique d’Asteroid City.
- Meubles iconiques, marbre, Formica et pastels structurent désormais des salons mêlant rigueur géométrique, confort moderne et clins d’œil vintage très fifties.
- Les décorateurs dosent ce retour fifties avec une méthode précise, entre base sobre et touches rétro, pour éviter l’effet décor de cinéma.
Abonnez-vous pour ne rien rater de l’actualité