Cancer du sein : cette mère apprend la vérité en pleine salle d’accouchement à cause d’un détail que personne ne vérifie
© Reworld Media
En salle de travail, entre deux contractions, une mère de 38 ans ouvre un mail caché dans ses spams. Le mot qui s’y glisse bouleverse son accouchement et son post-partum.
« J’avais 38 ans lorsque l’on m’a découvert un cancer du sein alors que j’étais – littéralement – en train d’accoucher », raconte cette mère de famille à Marie Claire. En salle de travail, entre monitoring et contractions, un simple mail oublié dans les spams a fait basculer sa maternité du côté de l’oncologie.
Quelques semaines plus tôt, la grossesse s’était enfin apaisée après une fausse couche et un début compliqué. À huit mois et demi, sous la douche, elle sent une boule inhabituelle dans son sein droit. L’échographie repère un nodule de 3 cm sur 4, une biopsie est programmée, puis le radiologue lâche en rangeant son matériel : « Prenez le temps d’accoucher tranquillement, on n’est pas à un mois près pour soigner un cancer du sein ». La phrase résonne, sans véritable annonce.
Cancer du sein découvert en plein déclenchement
Entre la découverte de la masse et la biopsie, une semaine passe. L’équipe de la maternité décide de déclencher l’accouchement pour qu’un traitement du cancer du sein pendant l’accouchement puisse démarrer au plus vite après la naissance. L’attente des résultats devient obsédante : « Je guettais constamment ma boîte mail », confie-t-elle. Le déclenchement est long, épuisant.
En pleine salle de travail, après la rupture artificielle de la poche des eaux, elle pense soudain aux spams. Les résultats s’y trouvent depuis la veille. Son mari lit à voix haute le mot « adénocarcinome ». L’interne arrive et détaille un cancer hormonodépendant à croissance lente. « J’ai appris mon diagnostic en salle de travail, entre deux contractions et la pose de la péridurale », explique-t-elle. Curieusement soulagée, elle met la maladie entre parenthèses pour accueillir son fils, né le 10 octobre à 2 h 40.
Un post-partum happé par la chimiothérapie
Six jours après l’accouchement, elle se rend à son premier rendez-vous au centre de soins, encore en culottes filets. Le protocole tombe : six mois de chimiothérapie, mastectomie avec reconstruction immédiate, trois semaines de radiothérapie, puis cinq à dix ans d’hormonothérapie. Son « cancer du sein gestationnel » s’inscrit dans une histoire familiale marquée par la maladie, ce qui limite les questions du type « pourquoi moi ? ». Sa vraie angoisse concerne ses enfants, ce nouveau-né et sa fille de 3 ans et demi qui aime ses cheveux longs.
- 6 mois de chimiothérapie
- Mastectomie avec reconstruction immédiate
- 3 semaines de radiothérapie
- 5 à 10 ans d’hormonothérapie
Les trois premiers mois de vie de son bébé se déroulent à distance : examens, nausées, fatigue extrême. « J’étais devenue une étrangère pour mon propre bébé. » Les nuits sont assurées par son mari, les journées par ses parents. Avec l’aide d’une psychologue, elle comprend que « tout était rattrapable » et dit avoir vraiment rencontré son fils à ses trois mois, une fois le pire des cures passé. Les traitements s’achèvent le 13 août 2025, suivis d’un contrecoup physique et psychologique. Pour laisser une trace à ses enfants, elle co-crée la BD Timing Parfait avec Loïcia Mood, où humour et cancer se côtoient.
Cancer du sein et maternité : ce que l’on sait aujourd’hui
Les médecins parlent de cancer du sein gestationnel lorsqu’il survient pendant la grossesse, la première année du post-partum ou l’allaitement. Il concernerait environ 0,05 à 0,1 % des grossesses. Les recommandations rappellent que la grossesse ne doit pas retarder le traitement : toute masse mammaire solide ou kystique doit être explorée, même si la poitrine est gonflée par la grossesse. Chirurgie et chimiothérapie (au-delà du premier trimestre) sont possibles, la radiothérapie et l’hormonothérapie étant, elles, reportées au post-partum.
Après la grossesse, la glande mammaire se remodèle et le risque de cancer du sein augmente temporairement, surtout chez les femmes génétiquement prédisposées. Une étude publiée dans Cancer Discovery suggère qu’un médicament ancien, la cabergoline, utilisé pour diminuer la prolactine et parfois pour arrêter la lactation, pourrait réduire ce risque : en combinant deux grandes cohortes européennes, les chercheurs observent une baisse d’environ 69 % du risque associée à sa prise. Les données restent observationnelles et ne suffisent pas à en faire un traitement préventif. Face à ces incertitudes, la jeune mère mise sur un autre outil, son livre, pour transmettre : « C’est aussi le moyen de passer des messages importants. D’abord aux femmes : écoutez-vous et faites-vous confiance. Si vous sentez que quelque chose cloche, consultez. Si un professionnel ne vous écoute pas, allez-en voir un autre. Vous vous connaissez mieux que personne. Et à l’entourage : écoutez la personne malade et respectez la façon dont elle choisit de traverser cette épreuve. Ne projetez pas sur elle la manière dont vous auriez aimé être traités. La maladie impose des émotions contradictoires ; l’accompagner devient beaucoup plus simple lorsqu’on respecte son rythme et sa voix ».
En bref
- À 38 ans, une mère voit son accouchement bouleversé par un cancer du sein gestationnel, après une boule repérée en fin de grossesse.
- Les médecins déclenchent l’accouchement, annoncent rapidement chimiothérapie, mastectomie, radiothérapie et hormonothérapie, tandis que le post-partum se déroule sous traitements et séparations imposées.
- Entre témoignage intime et éclairage médical sur le cancer du sein pendant la grossesse, ce récit interroge aussi la prévention et le rôle de l’entourage.
Abonnez-vous pour ne rien rater de l’actualité