Cette fibre textile cultivée en France, quasi inconnue, menace le coton et pourrait révolutionner vos vêtements

Publié le ParRédaction Elle adore
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Alors que le coton épuise l’eau de la planète, une autre fibre pousse discrètement dans les champs français. Comment le chanvre textile pourrait-il bouleverser vos futurs vêtements ?

Un tee-shirt en coton qui a fait le tour du monde avant d’atterrir dans une armoire française, cela semble banal. Derrière, il y a pourtant une plante très gourmande en eau et en pesticides, au cœur d’une industrie parmi les plus polluantes. Pendant ce temps, une autre fibre cultivée chez nous reste presque invisible.

La surprise tient en un mot : chanvre textile. Cette plante rustique, qui poussait déjà dans les champs de nos arrière-grands-parents, recouvre aujourd’hui des milliers d’hectares en Grand Est, en Normandie ou dans la Sarthe. Elle pourrait faire trembler le coton tout en renforçant la souveraineté française. Pourquoi alors nos placards en comptent-ils si peu ?

Chanvre textile français : la fibre qui met le coton en difficulté

Pendant des siècles, le chanvre a servi aux voiles de bateaux, aux draps de mariage ou aux chemises de paysans, avant d’être balayé par le coton et les fibres synthétiques. L’urgence climatique change la donne. Produire 1 kilo de coton demande jusqu’à 29 000 litres d’eau et près d’un quart des pesticides mondiaux.

Face à ce mastodonte, le chanvre textile cultivé en France se contente de la pluie, pousse vite, étouffe les mauvaises herbes et demande très peu de traitements. Sa tige atteint environ 4 mètres en cent jours et chaque hectare peut absorber entre 8 et 22 tonnes de CO2 par an, presque deux fois une forêt.

Une filière chanvre textile encore en construction en France

La France domine déjà la chaîne, avec environ 143 110 tonnes de chanvre produites en 2021, soit près de 54 % de la production mondiale, sur plus de 21 700 hectares et plus de 1 200 agriculteurs. Pourtant, cette fibre ne représente qu’environ 0,25 % des fibres textiles mondiales, l’essentiel servant à l’isolation ou à la papeterie.

Une partie des fibres destinées au textile quitte même le pays à l’état brut pour être filée en Espagne, en Turquie ou en Asie, avant de revenir en vêtements. Ce détour reflète un manque d’outils de rouissage, teillage, peignage et filature. Longtemps freiné par l’amalgame avec la drogue, le chanvre industriel légal contient pourtant moins de 0,2 % de THC.

Ce que le chanvre change pour nos vêtements au quotidien

Côté confort, le chanvre textile surprend. La fibre résiste jusqu’à plusieurs fois mieux que le coton, ne bouloche pas et s’assouplit lavage après lavage. Sa structure creuse garde la chaleur en hiver, laisse passer l’air en été, limite naturellement bactéries, champignons, odeurs et filtre une grande partie des rayons UV.

Dans les faits, un pantalon ou un drap en chanvre tient des années là où un coton bas de gamme se déforme vite. Des marques françaises lancent déjà des jeans en chanvre normand ou du linge de lit tissé localement, parfois en mélange avec du lin ou du coton bio. Chaque achat renforce une filière encore fragile et esquisse une vraie souveraineté vestimentaire.

En bref

  • En France, la montée du chanvre textile questionne la domination du coton, entre urgence climatique, pression sur l’eau et quête de souveraineté vestimentaire.
  • La filière chanvre textile française se structure lentement, entre potentiel écologique massif, premières marques de jeans et linge de lit, et obstacles industriels nombreux.
  • Entre performances et promesse de longévité, plus des circuits de production parfois absurdes, le chanvre textile français pourrait rebattre les cartes de nos dressings.