Vous êtes épuisé malgré vos routines bien-être : ce repos caché n'arrive qu'en arrêtant de le traquer

Publié le ParRédaction Elle adore
Vous êtes épuisé malgré vos routines bien-être : ce repos caché n’arrive qu’en arrêtant de le traquer © Reworld Media

Entre marché du bien-être à 6 300 milliards et burn-out record, nos corps lâchent. Et si l’injonction au bien-être empêchait un repos plus discret d’apparaître ?

Vous buvez vos deux litres d’eau, vous faites votre séance de yoga, vous cochez votre application de sommeil, vous tenez votre journal de gratitude. Tout est impeccable sur le papier. Pourtant, chaque matin, la fatigue colle au corps, plus lourde encore qu’avant l’entrée dans ce grand récit du bien-être.

Dans le même temps, les études signalent des taux de burn-out historiques entre début 2024 et début 2025, alors que les applis de méditation, les retraites bien-être et les routines matinales n’ont jamais été autant mises en avant. Ce décalage ouvre une brèche : et si le problème venait de l’injonction au bien-être elle-même ? Derrière les rituels, un autre type de repos se cache, beaucoup plus discret.

Injonction au bien-être : quand le marché du bonheur fatigue les corps

Selon le Global Wellness Economy Monitor cité par le syndicat SNEP-FSU, le marché mondial du bien-être est évalué à 6 300 milliards de dollars, soit environ 5 800 milliards d’euros. Derrière ces chiffres, un univers de coachs, centres de yoga, compléments, applis et « morning routines » occupe désormais nos agendas.

Un texte du SNEP-FSU parle d’une idéologie du bien-être devenue exigence « biomorale » : chacun serait responsable de son mal-être, prié de se corriger à coups de développement personnel et de produits de cette industrie du bonheur. Dans le même esprit, la paroisse Notre-Dame de Nantes résume : « Nous subissons dans notre société une véritable injonction au bien‑être, au bonheur. Une véritable bien‑êtrocratie ! », sur son site notredamedenantes.com.

Quand le bien-être se transforme en performance permanente

Face à l’épuisement, la réponse dominante reste la même : ajouter une nouvelle habitude bien-être. Un rituel du matin, un journal plus régulier, une retraite de plus. Une chronique américaine rappelle que construire ces systèmes finit par devenir un travail en soi, là où le corps réclamait juste une pause.

Tout se passe comme si le repos était devenu un problème à résoudre. On compte les minutes de méditation, on suit ses cycles de sommeil, on se demande si l’on « se repose correctement ». Cette auto-surveillance maintient le système d’alerte allumé. Pour que le système nerveux parasympathique prenne le relais, il lui faut des moments sans objectif, sans mesure, sans récit à tenir.

Repos non-performatif : la chaise, le corps, et rien à prouver

Ce que certains auteurs appellent repos non-performatif ressemble à quelque chose de très ordinaire : s’asseoir sur une chaise parce qu’elle est là et que vous êtes fatigué, sans mettre de minuterie ni ouvrir une appli. S’allonger dix minutes sur le sol frais du salon, regarder la rue depuis une fenêtre sans baptiser cela « pratique de pleine conscience ». Juste être là, sensations ouvertes.

Ce repos n’a pas d’esthétique, pas de « avant/après », personne ne le photographie. Il se distingue de l’engourdissement : on ne fuit pas les sensations, au contraire on sent le dossier de la chaise, le bruit de la rue, sa respiration qui se calme. Dans ces moments sans performance, le corps reçoit enfin quelque chose qu’aucune routine ne sait vraiment lui donner.

En bref

  • Entre 2024 et 2025, SNEP-FSU et Notre-Dame de Nantes dénoncent une injonction au bien-être qui prospère sur une économie mondiale du bonheur gigantesque.
  • Les routines bien-être, les applis et le développement personnel transforment le repos en performance continue, maintenant le système nerveux en mode contrôle plutôt qu’en relâchement.
  • Un repos non-performatif, sans objectifs ni récit, surgit pourtant dans des gestes minuscules du quotidien, esquissant une forme de résistance douce à la bien-êtrocratie.