Prix littéraire, Hachette, New York Times : ces scandales d’« auteur IA » font vaciller qui signe vraiment vos livres
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Prix littéraire, best-seller et grand quotidien se retrouvent piégés par des textes soupçonnés d’être écrits par IA. Ces déraillements secouent la paternité des œuvres générées par l’IA.
Quand un prix littéraire international, une grande maison d’édition et un journal de référence se retrouvent tous les trois soupçonnés d’avoir récompensé ou publié un texte écrit par une machine, la question de la paternité des œuvres générées par l’IA cesse d’être théorique. En quelques mois, trois affaires ont mis à nu la fragilité de la signature auteur telle qu’on la connaissait.
Une nouvelle caribéenne primée au Commonwealth Short Story Prize et déclarée 100 % IA par un détecteur, le roman d’horreur Shy Girl retiré par Hachette après des soupçons similaires, puis une critique littéraire du New York Times trop proche d’un article du Guardian : chaque fois, l’outil reste invisible, mais c’est la confiance dans le nom sur la couverture qui vacille.
Trois scandales d’“auteur IA” qui brouillent la frontière humain/machine
Au printemps, les juges du Commonwealth Short Story Prize ont récompensé The Serpent in the Grove du Trinidadien Jamir Nazir. Quelques semaines plus tard, la société Pangram a soumis la même nouvelle à son détecteur et annoncé 100 % de probabilité de génération IA. L’auteur soutient qu’elle vient de ses souvenirs d’enfance, mais défend l’IA comme un outil comparable au traitement de texte.
Quelques mois plus tôt, le roman d’horreur Shy Girl de Mia Ballard avait suivi un chemin encore plus brutal : auto‑édité, puis racheté par Hachette, il a été retiré des rayons quand Pangram a estimé à 78 % la probabilité d’un texte généré par IA, chiffre relayé par d’autres analyses. Dans la foulée, une critique signée Alex Preston dans le New York Times a été supprimée : le journaliste a admis s’être aidé d’un outil d’IA, qui avait produit des phrases très proches d’une recension antérieure de Christobel Kent dans le Guardian.
Quand l’usage d’IA devient scandale : moins l’outil que le mensonge
À l’inverse, l’autrice japonaise Rie Kudan a reçu en 2024 le prix Akutagawa en précisant qu’environ 5 % de son roman Tokyo Sympathy Tower venaient de ChatGPT, utilisé parce que le livre parle d’IA et de langage. Le jury n’a pas bronché : l’outil était assumé, le contrôle humain évident, la paternité ne semblait pas en cause.
Le contrepied parfait est venu d’un grand magazine sportif américain, épinglé pour avoir publié des tests produits par IA sous de faux noms d’auteurs, assortis de portraits générés artificiellement. Les lecteurs n’ont pas reproché l’algorithme en soi, mais le faux semblant. Dans les trois scandales comme dans cet épisode, la ligne rouge n’est pas l’usage de l’IA, c’est le fait de travestir qui écrit vraiment quoi.
Ce que le droit accepte encore, et ce qu’il refuse, sur la paternité des œuvres IA
Dans le droit d’auteur, la règle de base reste têtue : l’auteur doit être une personne physique. En France comme en Suisse, l’IA ne peut donc pas être reconnue comme autrice, et le Copyright Office américain a refusé d’enregistrer des œuvres telles que A Recent Entrance to Paradise ou Suryast au motif que l’apport humain y était inexistant ou trop faible.
Les juristes hésitent ensuite entre plusieurs candidats à la paternité : concepteur du logiciel, utilisateur, voire personne du tout. L’idée de faire du programmeur l’auteur de chaque texte généré est largement critiquée, comme si on faisait du fabricant d’un stylo l’auteur de tous les romans. La position la plus réaliste donne des droits à l’utilisateur quand son apport créatif est substantiel ; pour les œuvres quasi autonomes, certains défendent un régime spécifique, d’autres un basculement direct dans le domaine public, comme l’évoque le professeur Georges Azzaria. De quoi nourrir encore longtemps les prochains scandales.
En bref
- Jamir Nazir, Mia Ballard et Alex Preston cristallisent en 2024 trois scandales d’auteur IA autour de prix littéraires, édition et presse internationale.
- Ces affaires mettent en cause la paternité des œuvres générées par l’IA et la fiabilité des détecteurs mobilisés par jurys, éditeurs et rédactions.
- Entre transparence assumée, faux noms d’auteurs et textes quasi autonomes, se dessine une redéfinition incertaine de l’auteur IA et de sa responsabilité.
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