Swann Arlaud dans « Notre salut » : ce collabo de Vichy révèle une vérité très dérangeante sur nous tous aujourd'hui

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Swann Arlaud dans « Notre salut » : ce collabo de Vichy révèle une vérité très dérangeante sur nous tous aujourd'hui © Reworld Media

Au cœur de Notre salut, primé à Cannes 2026, Swann Arlaud prête son visage à un collabo ordinaire de Vichy. Derrière Henri Marre, le film fouille notre lâcheté contemporaine sans offrir de réponse rassurante.

Et si le visage de la collaboration n’était pas celui d’un monstre, mais d’un homme un peu terne, soucieux de garder sa place ? Dans Notre salut, prix du scénario au 79e Festival de Cannes, Swann Arlaud incarne Henri Marre, petit fonctionnaire de Vichy qui se coule sans éclat dans le pétainisme. A travers lui, le film d’Emmanuel Marre ausculte ce qui, dans la peur et la lâcheté ordinaires, permet aux régimes autoritaires de prospérer.

Présenté le 20 mai 2026 sur la Croisette puis sorti en salles le 30 septembre 2026, Notre salut suit ce technicien ambitieux qui grimpe dans l’administration du travail à Vichy. Inspiré de l’histoire de l’arrière grand père du réalisateur, le film se construit comme un dossier vivant. Et la phrase lancée par Swann Arlaud sur la lâcheté humaine donne le ton : elle ne vise pas seulement son personnage.

Swann Arlaud : un collabo ordinaire face à la lâcheté

Enfant, l’acteur a entendu la Seconde Guerre mondiale racontée à demi mots, entre un grand père qui avait traversé l’époque et un arrière grand père assassiné à la Libération, soupçonné d’avoir collaboré. Ce silence partiel nourrit sa lecture du film : Swann Arlaud y voit une manière d’ouvrir enfin les archives familiales et nationales, de quitter l’image confortable d’un pays uniquement peuplé de résistants pour regarder aussi ceux qui ont suivi le mouvement.

Pour lui, Henri Marre n’est pas un monstre idéologique, plutôt un miroir un peu cruel. « C’est simplement un être humain. Il y a beaucoup de lâcheté, il y a beaucoup de faiblesse, il y a beaucoup de peur chez l’être humain en général. Les figures de héros, elles sont vraiment très, très rares, mais peut-être que ce sont des archétypes dont on a besoin pour se rassurer. » L’acteur préfère laisser au public le soin de trancher sur la culpabilité de ce petit fonctionnaire qui s’accommode, étape après étape, des exigences du régime.

Quand Notre salut parle de Vichy pour questionner notre présent

Le cœur du propos tient dans la manière dont le scénario fait se rencontrer névroses individuelles et discours politiques. « Le film nous montre tout simplement comment des névroses personnelles peuvent rencontrer des régimes autoritaires et nous fait nous dire : tiens, qu’est-ce qui rentre en résonance ? Notamment dans le langage : quand on parle de retour à l’ordre, de préférence nationale, d’efficacité au travail, quand on parle de trier les gens – les bons et les mauvais, les étrangers et les Français. Regardons ce moment et voyons comment il éclaire notre présent. » Les mots choisis par le personnage sonnent étrangement familiers, comme sortis d’un meeting ou d’un débat télévisé actuel.

Ce déplacement du regard ne reste pas théorique. Swann Arlaud raconte que le tournage l’a obligé à se demander ce qu’il aurait fait, lui, à Vichy, et ce qu’il ferait si des mesures similaires revenaient aujourd’hui. Le film installe ce malaise chez le spectateur, en douceur, scène après scène, jusqu’à le pousser à affronter quelques questions inconfortables.

  • Jusqu’où accepterait on de se taire pour préserver sa carrière ou sa sécurité ?
  • À quel moment un simple « fonctionnaire zélé » devient il complice ?
  • Que vaut notre indignation une fois confrontée à un ordre venu d’en haut ?

Les musiques anachroniques d’Emmanuel Marre pour filmer la peur au présent

Pour renforcer ce vertige du présent, Emmanuel Marre a fait le choix surprenant de parsemer Notre salut de tubes comme « Pop Corn » de Gershon Kingsley, « Sounds Like a Melody » d’Alphaville ou « Life is Life » d’Opus, posés sur de vraies images d’archives de la visite du maréchal Pétain à Vichy. « J’avais peur de faire des anachronismes, de crainte qu’ils ne soient pris pour des effets », raconte Emmanuel Marre à AlloCiné. Il explique pourtant que cette musique électro des années 60-80 lui permet de donner une sensation physique de fête et de légèreté, presque obscène, en rappelant que beaucoup de gens étaient heureux de danser alors même que la machine de la collaboration se mettait en place.

En bref

  • En 2026, Swann Arlaud incarne Henri Marre dans Notre salut, drame de Vichy présenté à Cannes puis sorti en salles le 30 septembre.
  • L’acteur décrit ce collabo ordinaire comme un miroir de nos faiblesses, dans un récit construit comme un dossier où le spectateur juge.
  • Entre musiques anachroniques et questions intimes, Notre salut transforme Vichy en présent inquiétant et pousse chacun à mesurer ses propres renoncements.