Tout le monde garde les plus gros œilletons d'artichaut en octobre : les maraîchers, eux, vont chercher leurs rejets à un tout autre endroit
© Reworld Media
Au moment de diviser leurs artichauts à l’automne, beaucoup de jardiniers misent encore sur les plus gros rejets du pied. Que voient, eux, les maraîchers dans leurs œilletons d’artichaut pour viser de meilleures récoltes ?
Chaque automne, la scène se répète au potager : on soulève une vieille touffe d’artichaut, on aligne les rejets au bord de la plate-bande… et, presque machinalement, on garde les plus gros pour les replanter. Feuillage imposant, base dodue : tout semble indiquer qu’ils feront les plus beaux légumes.
En réalité, l’artichaut est une vivace qui se fatigue vite ; sans division régulière, les capitules rapetissent et le pied mère s’épuise. Diviser à l’automne, après récolte et avant les fortes gelées, permet de rajeunir la planche, mais à condition de choisir les bons œilletons d’artichaut. C’est là que les maraîchers prennent tout le monde à contre-pied.
Diviser ses artichauts : le bon moment… et les bons pieds
L’artichaut produit vraiment bien trois ou quatre ans, puis le centre de la touffe se creuse, les tiges se lignifient et la plante perd en vigueur. En le divisant, on conserve seulement les parties jeunes et on multiplie gratuitement les futurs pieds, au lieu de racheter des plants en godet.
Dans les régions aux hivers doux, la division a lieu à l’automne, quand le sol reste encore tiède ; ailleurs, elle a souvent été réussie au printemps (mars-avril). Les maraîchers sélectionnent en priorité des pieds de deux ou trois ans, bien sains, qu’ils ont parfois installés sur une planche dédiée, pour aller chercher leurs rejets « ailleurs » que dans les vieilles touffes épuisées.
L’erreur qui coûte des récoltes : garder les plus gros œilletons
Nous avons tous déjà replanté ces énormes rejets du centre, très feuillus, en pensant tenir des champions. Problème : ils viennent du cœur fatigué du pied mère, là où les réserves ont été pompées pendant des années. Sous terre, les racines sont souvent courtes, brunies, parfois filandreuses.
À l’inverse, les maraîchers visent des œilletons moyens, de 15 à 20 cm, implantés en périphérie de la touffe, bien éclairés et mieux nourris. Pour visualiser la scène :
- gros rejet du centre, très feuillu, racines pauvres : à jeter ;
- œilleton moyen, en bordure, racines claires et fournies : à garder ;
- minuscule rejet de moins de 10 cm, frêle : trop faible pour l’hiver.
Sélectionner et replanter comme un maraîcher
Un bon œilleton présente des racines claires, fermes, bien visibles autour d’un petit talon de 3 à 4 cm, un bourgeon net à la base et un feuillage vert, sans jaunissement. S’il vient clairement de la périphérie de la touffe et mesure 15 à 20 cm, il a toutes ses chances ; racines noircies, molles ou absence d’œil visible le disqualifient d’emblée.
La reprise se joue ensuite très vite : replanter dans les vingt-quatre heures, en plein soleil, dans un sol profond, frais mais bien drainé, enrichi de compost. Les racines sont enterrées entièrement, la base du feuillage au niveau du sol, à 80 cm sur la ligne et 1 m entre rangs, avec un bon arrosage de départ puis un paillage léger pour protéger de l’hiver sans favoriser la pourriture.
En bref
- Chaque automne, jardiniers amateurs et maraîchers se penchent sur leurs œilletons d’artichaut pour diviser les pieds et préparer la prochaine planche de culture. 🌱
- Les professionnels évitent pourtant certains rejets impressionnants et privilégient d’autres œilletons plus discrets, guidés par quelques indices précis au niveau du pied. 🧑🌾
- Cette méthode de sélection et de plantation change nettement la vigueur des touffes d’artichaut et la taille future des capitules au potager. 🌿
Abonnez-vous pour ne rien rater de l’actualité