Ce semis malin permet de récolter des carottes toute l’année, même en hiver, mais peu de jardiniers le font

Publié le ParRédaction Elle adore
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Sous un simple voile, certains jardiniers tirent encore des bottes de carottes en plein février sur quelques mètres carrés. Quelle organisation permet cette récolte presque continue ?

Imaginez soulever votre voile d’hivernage en plein mois de février et tomber, non pas sur une terre vide, mais sur un fouillis de fanes vert tendre. En tirant une racine, vous sortez une grosse carotte d’hiver bien orange. Juste à côté, une petite carotte nouvelle, fine et sucrée, se laisse récolter du bout des doigts.

Longtemps, les jardiniers ont rangé la carotte dans la case des légumes d’été, à semer au printemps puis à oublier dès les premières gelées. Pourtant, en jouant sur les variétés et la disposition des rangs, certains arrivent à récolter des carottes toute l’année, parfois dix mois sur douze, même sur quelques mètres carrés. Toute l’astuce tient dans l’organisation.

Récolter des carottes toute l’année : la cohabitation maline

Le principe paraît simple : faire vivre sur la même planche des carottes de conservation et des carottes primeurs. Les premières, comme la Colmar à cœur rouge ou la Géante de Tilques, sont semées en été puis laissées en terre tout l’hiver sous protection. Les secondes, type Nantaise améliorée ou Marché de Paris, sont semées très tôt sous abri et mangées jeunes.

Dans un petit potager urbain, cette cohabitation évite de bloquer une planche entière pour des racines qui patientent sous terre. Tandis que les grosses carottes finissent de se sucrer au froid, les jeunes pousses occupent les interstices, couvrent le sol et préparent la prochaine vague de récolte. On passe d’une planche immobile à un carré potager qui travaille presque sans interruption.

Semis en quinconce : organiser la planche pour une récolte continue

Là où tout se joue, c’est dans le semis en quinconce. Les carottes d’hiver sont alignées sur des rangs espacés de 25 à 30 cm, chaque racine étant destinée à grossir en profondeur. Entre ces futurs « gros calibres », on sème les primeurs en décalé, à 5 ou 7 cm, pour que leurs racines plus courtes exploitent surtout la couche superficielle du sol.

En pratique, la saison se construit comme une partie de Tetris. On sème les variétés de garde en juin-juillet pour les récoltes d’automne et d’hiver, puis on vient glisser fin janvier ou en février des lignes de primeurs entre les fanes, sous un tunnel ou un simple voile, ce qui enchaîne naturellement les récoltes jusqu’à l’hiver suivant.

Protéger le sol du gel pour garder des carottes en hiver

Aucune variété, même très rustique, ne supporte un sol dur comme de la pierre. D’où l’intérêt d’un paillage progressif qui garde la terre meuble tout en laissant respirer les fanes. On commence par une couche légère de feuilles mortes ou de paillettes de lin à l’automne, puis on ajoute de la paille sur les côtés de la planche quand le froid s’installe.

Lorsque le thermomètre plonge sous -5 °C, un voile d’hivernage P17 ou P30 posé sur de petits arceaux ajoute quelques degrés et évite que la couche superficielle ne gèle. Tant que le sol reste accessible sous ce manteau isolant, vous pouvez tirer au jour vos carottes denses pour un pot-au-feu et cueillir, dans le même geste, des primeurs sucrées à grignoter crues ou glacées au beurre.

En bref

  • De juin à février, des jardiniers organisent leur potager pour récolter des carottes presque sans interruption, même sur une petite planche urbaine.
  • Une cohabitation entre carottes de conservation et carottes primeurs, associée à un semis en quinconce, transforme une parcelle d’hiver en planche toujours productive.
  • Paillage progressif et voile d’hivernage complètent cette stratégie maline, ouvrant la voie à des récoltes inattendues quand le reste du jardin sommeille.