Vapoter sans nicotine n’est pas sans danger : ce que les pneumologues voient aujourd’hui dans vos poumons

Publié le ParRédaction Elle adore
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En France, une génération de vapoteurs en 0 % se croit à l’abri, persuadée d’avoir laissé le tabac derrière elle. Ce que les pneumologues rapportent aujourd’hui sur les dangers de vapoter sans nicotine pourrait bouleverser cette certitude.

Beaucoup de fumeurs se sont félicités d’avoir troqué leur paquet contre une cigarette électronique sans nicotine, persuadés d’avoir gardé le geste sans le danger. Les arômes fruités, l’étiquette 0 mg et l’absence de hit ont installé l’idée rassurante d’une vapeur innocente. Pourtant, dans les services de pneumologie, les médecins voient arriver une nouvelle génération de patients persuadés d’être protégés alors que leurs poumons racontent une autre histoire.

Avec le Mois sans tabac et la baisse du nombre de fumeurs, la vape 0 % est devenue l’option de compromis pour beaucoup de Français, y compris des adolescents. Or les travaux compilés par le Comité national contre le tabagisme et l’expérience des spécialistes montrent que, même en vapotant sans nicotine, les risques respiratoires, cardiovasculaires et cancérogènes restent présents.

Vapoter sans nicotine : pourquoi la fausse vapeur d’eau inquiète les médecins

Le professeur Yves Martinet, pneumologue et président du CNCT, rappelle que beaucoup de gens imaginent qu’un simple liquide est vaporisé puis inhalé dans la cigarette électronique. Or, prévient-il, « Malheureusement, ce n’est pas si simple », explique-t-il dans actu.fr. Dans la réalité, ce n’est pas de l’eau qui s’évapore, mais un aérosol de propylène glycol, glycérine végétale et arômes, chauffés à plus de 200 °C par une résistance métallique.

Ce chauffage transforme le liquide : au lieu de rester stables, solvants et arômes se dégradent et donnent naissance à de nouvelles molécules. Les autorités sanitaires décrivent des émissions contenant des particules ultrafines, des composés carbonylés comme le formaldéhyde ou l’acroléine, et des métaux issus de la résistance. Même sans nicotine, chaque bouffée dépose ce brouillard chimique au fond de l’arbre respiratoire, beaucoup plus profondément que les poussières de l’air ambiant.

Ce que les pneumologues découvrent chez les vapoteurs 0 %

En consultation, les pneumologues voient désormais des vapoteurs exclusifs, parfois n’ayant presque jamais fumé, se plaindre de toux persistante, de sifflements ou d’essoufflement inhabituel. Les études cliniques rapportées par le CNCT montrent que ces symptômes sont plus fréquents que chez les non‑utilisateurs et qu’ils s’accompagnent d’un risque accru d’asthme. Pour le professeur Thomas Similowski, de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, « Dès que vous respirez quelque chose de chaud, vos voies aériennes en difficulté, ça crée de l’inflammation, c’est nocif », expliquait-il sur France Inter.

Les observations rejoignent ce que décrivent les chercheurs : l’aérosol de vape est fait de microparticules qui atteignent les alvéoles et s’y accumulent, formant un dépôt gras que le poumon élimine mal. Ce terrain favorise une inflammation chronique, des bronchites qui traînent, parfois des pneumopathies lipidiques chez des usagers intensifs. Chez les plus jeunes, cette irritation répétée touche un appareil respiratoire encore en construction et peut rendre les infections hivernales plus sévères.

Vapoter sans nicotine dangers : ce que recommandent les spécialistes

Pour Yves Martinet, « la nicotine reste une drogue dure », même quand elle passe par une vapoteuse, et la cigarette électronique ne devrait servir que d’outil transitoire de sevrage. Il imagine déjà des campagnes type Mois sans tabac centrées sur un mois sans nicotine ni vape.

En bref

  • En France, des pneumologues comme Yves Martinet et Thomas Similowski alertent sur les effets respiratoires observés chez les adeptes de cigarette électronique sans nicotine.
  • Les études citées décrivent un aérosol chimique chauffé, chargé de particules ultrafines, d’aldéhydes et de métaux, qui atteint les bronches même en 0 %.
  • Entre impression de sécurité, symptômes respiratoires persistants et idée de “mois sans vape”, les spécialistes esquissent un tournant pour l’avenir de la cigarette électronique.