Ce silence des mères des années 70-80 a brisé leurs corps et nous en payons le prix sans le savoir

Publié le ParRédaction Elle adore
Ce silence des mères des années 70-80 a brisé leurs corps et nous en payons le prix sans le savoir © Reworld Media

Dans la France des années 70-80, des mères ont porté famille, travail et silence sans parler de charge mentale. Que reste-t-il aujourd'hui de ce prix invisible ?

Dans les années 1970 et 1980, en France, des millions de femmes ont tenu foyer, enfants et parfois parents âgés tout en assumant un travail salarié. Elles géraient comptes, papiers, courses, rendez-vous. Pour beaucoup, ce travail invisible n’avait pas de nom, encore moins de reconnaissance.

Selon le média Vegoutmag, « Personne ne se soucie du fait que les femmes qui ont maintenu des familles entières ensemble dans les années 1970 et 1980 n’avaient pas non plus de langage pour dire ce que cela leur a coûté – l’infrastructure était réelle mais le silence aussi et nous avons hérité des deux. » L’idée est brutale mais fidèle à leur histoire.

La charge mentale des mères des années 70 et 80, un décor sans mots

On parle aujourd’hui de charge mentale des mères des années 70 et 80, mais ce mot n’existait pas dans leurs conversations. La notion de charge mentale apparaît dans les années 1970 dans le monde du travail, alors que les femmes entraient massivement sur le marché de l’emploi sans quitter leur poste central au foyer.

Crèches limitées, horaires scolaires, allocations familiales, électroménager : toute l’infrastructure familiale supposait souvent qu’une femme soit disponible pour tout coordonner. Les féministes ont parlé de « double journée » et de travail domestique non rémunéré. Les premières enquêtes de temps ont montré que les femmes assumaient largement la majorité de ces tâches quotidiennes.

Un coût invisible : travail domestique, corps épuisé et silence

Cette charge ne reste pas qu’une idée abstraite, elle habite aussi le corps. L’actrice oscarisée Lupita Nyong’o, connue pour ses rôles dans Twelve Years a Slave ou Black Panther, parle d’une « douleur invisible ». « En mars 2014, j’ai gagné un Oscar. La même année, j’ai découvert que j’avais des fibromes utérins, » raconte-t-elle sur Instagram, citée par Purepeople. « 30 fibromes. J’ai eu une opération pour les enlever. »

Elle ajoute : « J’ai demandé à mon médecin si je pouvais faire quelque chose pour éviter qu’ils ne réapparaissent. Elle m’a répondu : ‘C’est impossible. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils ne repoussent.' » Les fibromes sont des tumeurs bénignes et, en France, entre 30 et 50 % des femmes en souffriront. « J’ai commencé à parler de mon expérience en privé et j’ai réalisé que beaucoup de femmes traversaient cette épreuve. Nous sommes seules face à une situation qui nous touche toutes. » Elle conclut : « Le silence ne sert à personne ! ».

Ce que nous héritons du silence de ces mères

Pour les filles et petites-filles de ces femmes, l’héritage est double : une infrastructure familiale qui tient encore debout, et un modèle de dévouement silencieux. Beaucoup ont intégré l’idée qu’il fallait tout gérer, sans trop se plaindre, pour que la famille fonctionne.

Mettre des mots sur la charge mentale des mères des années 70 et 80, c’est aussi relire leur histoire. Certaines commencent à raconter leurs journées interminables quand on leur pose simplement la question. Ce partage n’efface pas le coût de ces années, il empêche que le silence se répète à l’identique.

En bref

  • Dans la France des années 70-80, millions de mères assument travail domestique, emploi salarié et charge mentale sans disposer des mots pour la nommer.
  • Entre infrastructures familiales pensées pour elles et double journée permanente, ces femmes paient un coût physique et psychique longtemps relégué au second plan.
  • Aujourd'hui, filles et petites-filles interrogent cet héritage de charge mentale des mères des années 70 et 80 pour rompre, peut-être, le cycle du silence.