Êtes-vous capable de manger seul au restaurant sans téléphone ? Ce que ce geste révèle de vous surprend les psys

Publié le Par Rédaction Elle adore
Êtes-vous capable de manger seul au restaurant sans téléphone ? Ce que ce geste révèle de vous surprend les psys © Reworld Media

En France, le repas se vit d’ordinaire en bande, à heures fixes et en bruit de fond. Que raconte alors ce client qui ose manger seul au restaurant, sans téléphone, sous les regards supposés des autres ?

En 2010, une étude du CREDOC décrivait le repas en France comme « un vrai rituel », voire « une véritable institution ». Dans ce pays où l’on mange à heures fixes, souvent entouré, la table reste un marqueur central de lien social. Dans ce décor, voir quelqu’un dîner seul, sans téléphone ni livre, juste face à son plat, surprend encore.

Pour le sociologue Claude Fischler, « En France, ‘manger’, ce n’est pas seulement absorber de la nourriture, c’est remplir des conditions de temps, de lieu, de personnes présentes et d’ordre des mets. » Choisir de manger seul au restaurant, sans se cacher derrière un écran, vient donc heurter ce modèle alimentaire français. Ce geste dit souvent moins la solitude que la capacité à se sentir suffisant à soi-même.

Manger seul au restaurant et isolement

Les travaux de La Sauvegarde du Nord dans ses maisons relais montrent l’envers de ce décor. De nombreuses personnes en grande précarité mangent seules, à des heures irrégulières, parfois presque sans appétit. Philippe, résident, résume : « Manger seul, ça coupe souvent l’appétit. » La synthèse réalisée par l’INRA en 2010 décrit comment, dans ces situations, l’alimentation glisse d’un vecteur de socialisation à un vecteur d’isolement. Manger seul rime alors avec monde rétréci.

Téléphone et autres armures sociales

L’essai publié sur le média américain VegOut part d’une scène simple : un homme dîne seul, sans téléphone ni AirPods, simplement présent. L’autrice explique que la plupart des convives solitaires ne sont pas forcément très sûrs d’eux ou très tristes ; ils apaisent une petite anxiété sociale en sortant ce qu’ils ont en poche, le plus souvent le téléphone. Les psychologues parlent d' »accommodation » pour ces gestes d’évitement qui soulagent sur le moment mais entretiennent la peur.

Les recherches citées dans ce texte montrent même que « la dépendance problématique au smartphone est fortement liée à l’anxiété sociale, en particulier chez les jeunes femmes ». Plus on dégaine l’écran pour tuer le temps entre deux plats, plus le silence et l’ennui deviennent difficiles à supporter sans lui. Petit à petit, rester assis à ne rien faire est vécu par le corps comme une menace plutôt qu’un repos.

Solitude choisie et confiance en soi

Pour l’autrice de VegOut, la capacité à s’asseoir seul en public sans « armure » « n’est presque jamais un trait de personnalité ». Elle naît souvent d’un après-coup : divorce, deuil, chômage, maladie, période de vie en retrait. À force d’être confrontées à elles-mêmes, ces personnes découvrent que la solitude n’est pas une urgence à fuir. Le repas en solo devient un moment neutre, parfois même doux, plutôt qu’un rappel de manque.

L’essai décrit aussi un « spectateur fantôme », ce regard imaginaire qui jugerait chaque table. En réalité, chacun est surtout absorbé par sa propre vie et par son écran. Quand quelqu’un réserve une table pour une personne, range son smartphone et accepte de se laisser voir ainsi, il montre surtout qu’il ne fait plus dépendre sa valeur de ce regard supposé. Sa propre compagnie lui suffit, ce qui le rend souvent plus paisible ensuite avec les autres.

En bref

  • En 2010, études du CREDOC et travaux de Claude Fischler éclairent le modèle alimentaire français et la norme sociale qui entoure le repas partagé.
  • Entre maisons relais et restaurants de quartier, manger seul au restaurant révèle tantôt l’isolement, tantôt une nouvelle façon d’habiter la solitude.
  • Téléphone rangé, silence assumé, ce tête-à-tête avec soi devient un exercice surprenant, entre défi à l’anxiété sociale et levier discret pour la confiance en soi.