Vieillir : cette vérité psychologique méconnue qui explique pourquoi certains deviennent plus gentils que d'autres
© Reworld Media
Pourquoi certains seniors semblent soudain apaisés, presque inattaquables, quand d’autres se rigidifient avec l’âge ? La psychologie dévoile un mécanisme discret qui transforme la gentillesse…
On a tous croisé ce voisin ou cette tante qui, avec les années, semble plus patient, plus doux, presque imperméable à la colère, alors que d’autres s’aigrissent. Ce contraste relance toujours la même énigme : pourquoi certaines personnes deviennent plus gentilles avec l’âge et pas d’autres. La psychologie invite à regarder moins l’âge lui-même que la façon dont la gentillesse se façonne au long cours.
Dans ce cadre, « En psychologie, la gentillesse est généralement étudiée comme une qualité prosociale, c’est-à-dire un comportement qui vise à aider autrui de manière volontaire, positive et souvent désintéressée. » Cette « tendance stable à agir avec compassion, générosité, patience et empathie envers les autres » décrit psychaanalyse.com. Certaines personnes âgées développent pourtant une forme très particulière de gentillesse, liée à un long travail intérieur et à plus de compassion envers soi-même, plutôt qu’à un simple “ramollissement”.
Pourquoi certaines personnes deviennent plus gentilles avec l’âge
Les neurosciences montrent que la gentillesse active les circuits de récompense du cerveau, notamment le striatum ventral. « Elle peut être apprise et cultivée à tout âge », rappelle psychaanalyse.com, ce qui signifie qu’un adulte qui a multiplié les actes de bienveillance renforce depuis des décennies ce circuit du plaisir prosocial. Avec le temps, aider, écouter, apaiser devient presque une seconde nature, parce que ce comportement fait du bien aux autres et à soi.
Mais tout le monde n’atterrit pas au même endroit. « Il y a une sorte particulière de gentillesse qui apparaît chez certains adultes dans la seconde moitié de leur vie et qui ne se manifeste pas chez leurs homologues plus jeunes. La gentillesse n’est pas, à y regarder de plus près, le genre de chaleur générique que le registre culturel plus large a tendance à associer aux personnes âgées. La gentillesse est, plus précisément, une gentillesse calibrée et observante qui semble savoir des choses sur les personnes à qui elle est destinée », décrit VegOut Magazine. C’est une gentillesse fine, qui tient compte des failles de l’autre sans les nier.
Le travail intérieur et la reconnaissance de ses propres limites
Derrière cette douceur tardive se cache souvent un inventaire silencieux de ses propres ombres. Années après années, une personne remarque ses moments d’injustice, de dureté, de mauvaise foi. « Le changement est la reconnaissance. La reconnaissance est que les personnes difficiles que la personne âgée avait l’habitude de juger sévèrement sont, à y regarder de plus près, considérablement plus semblables à elle-même qu’elle ne l’avait été prête à l’admettre », poursuit VegOut Magazine. Une étude de 2016 menée par la psychologue Kristin Homan a d’ailleurs trouvé une corrélation positive entre l’âge et la compassion envers soi-même, corrélation associée à un meilleur bien-être psychologique.
Quand cette reconnaissance s’installe, une partie du jugement moral tombe. « La gentillesse qui rayonne de la personne âgée dans la fin de sa vie est, d’une certaine manière réelle, le résidu de cette reconnaissance. La gentillesse n’est pas, en elle-même, le travail. La gentillesse est ce qui reste une fois le travail accompli. » Dans cette configuration, « La gentillesse est, plus précisément, ce qui se passe lorsque le jugement n’est plus structurellement disponible ». La personne continue à avoir des normes élevées, mais elle n’est plus surprise que d’autres échouent à les atteindre, puisqu’elle a vu ses propres ratés.
Peut-on devenir plus gentil sans attendre la vieillesse ?
Si cette forme de gentillesse apparaît souvent tard, le mécanisme n’est pas réservé aux seniors. Psychaanalyse.com rappelle que la gentillesse se cultive via la méditation de bienveillance, l’éducation émotionnelle ou les thérapies centrées sur la compassion. VegOut Magazine résume ainsi l’enjeu de ce travail au long cours : « La gentillesse, lorsqu’elle apparaît enfin, est, d’une certaine manière réelle, la vérification que le travail a été fait. » Autrement dit, devenir plus gentil en vieillissant n’est pas garanti par l’âge, mais par la lucidité, parfois exigeante, que l’on accepte d’avoir sur soi-même.
Sources
En bref
- Des psychologues comme Kristin Homan et Kristin Neff analysent pourquoi certaines personnes deviennent plus gentilles avec l’âge, entre travail intérieur et compassion envers soi-même.
- Les études sur la psychologie du vieillissement montrent lien entre circuits de récompense, self-compassion croissante et évolution de la gentillesse au fil du temps.
- Le texte esquisse comment chacun peut amorcer ce travail intérieur bien avant la vieillesse, pour éviter l’amertume et tendre vers une gentillesse plus lucide.
Abonnez-vous pour ne rien rater de l’actualité