Jardin : ne jetez plus ces petits tas de terre, les paysagistes redécouvrent le trésor qu'ils cachent
© Reworld Media
Sur la pelouse, ces monticules de taupe agacent, mais nos anciens gardaient précieusement la terre des taupinières. Pourquoi paysagistes et jardiniers y reviennent-ils aujourd’hui ?
Pelouse parfaite, transats installés, et soudain ces petits volcans bruns qui percent le vert tendre. Réflexe moderne : râler, aplanir les monticules, parfois même déclarer la guerre aux taupes.
Cinquante ans plus tard, des paysagistes et jardiniers écolos redécouvrent que la terre des taupinières est une matière première gratuite, fine et étonnamment utile pour le jardin. Pourquoi ce « déchet » de pelouse est-il en réalité un or brun pour nos plantations, et comment en tirer parti comme les anciens ?
Sous chaque taupinière, un ouvrier qui travaille votre sol
Derrière ces dômes de terre, la taupe d’Europe ne grignote pas vos salades : ce petit mammifère insectivore chasse vers, larves et limaces. En creusant jusqu’à 20 mètres de galeries par jour, elle draine, aère et décompacte des sols souvent lourds et argileux mieux qu’une bêche ou un motoculteur. La terre qu’elle remonte est finement émiettée, débarrassée des gros cailloux et parfaitement oxygénée.
Au passage, cette « terrassière » remonte une terre issue de couches profondes, naturellement plus riches en oligo-éléments comme le fer, le magnésium ou le phosphore, souvent lessivés en surface. Les anciens avaient vite compris que chaque taupinière offrait une poignée de sol frais, minéral et déjà tamisé, idéale pour redonner du peps aux massifs et au potager sans acheter d’engrais.
Recette de grands-parents : la terre de taupinière en terreau maison
Nous avons tous déjà pesté contre ces monticules qui gâchent la belle pelouse avant un déjeuner de famille. Pourtant, autrefois, on sortait un seau plutôt qu’un râteau : la terre de taupinière partait directement au potager. Une vieille recette, transmise dans de nombreuses campagnes, mélange deux litres de terre fine de taupinière, un litre de compost ménager bien mûr et une grosse poignée de sable de rivière. On obtient un terreau léger, qui retient l’humidité sans asphyxier les jeunes racines.
Les paysagistes l’utilisent aujourd’hui pour les semis en caissette, le bouturage d’arbustes ou le rempotage des aromatiques, en l’associant toujours à du compost ou à un terreau pour semis. Par précaution, ils tamisent cette terre, enlèvent racines et débris, puis la laissent parfois reposer arrosée quelques jours : les éventuelles mauvaises herbes lèvent, il suffit de les griffer pour les éliminer avant d’utiliser ce substrat maison.
Les bons réflexes pour récolter ces tas de terre sans abîmer la pelouse
Pour profiter sereinement de cette ressource, un réflexe : distinguer taupe et campagnol terrestre. Les beaux dômes compacts sans trou apparent sont liés à la taupe ; on les soulève avec une pelle glissée dessous, puis on stocke cette terre au sec pour nourrir pots, massifs et carrés potagers.
En bref
- Depuis des décennies, la terre des taupinières s'entasse sur les pelouses alors que paysagistes et jardiniers écolos commencent à la regarder autrement. 🌱
- Transformée en mélange avec compost mûr et sable de rivière, cette terre fine sert de base à un terreau maison pour semis. 🧴
- Récolte, tamisage, faux-semis, usages au potager ou en pot, cette ressource gratuite change aussi la façon d’accepter la taupe au jardin. 🐾
Abonnez-vous pour ne rien rater de l’actualité