Inès Chatin accuse un réseau pédocriminel dans les beaux quartiers parisiens : ce qu’elle révèle fait froid dans le dos

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À 4 ans, dans un appartement cossu de la rue du Bac, Inès Chatin affirme avoir été livrée à un cercle d’hommes puissants. Entre enquête, procès impossibles et loi espérée, son combat fissure les façades dorées sans livrer tous ses secrets.

Dans les salons feutrés de la rue du Bac, au cœur du 7e arrondissement de Paris, Inès Chatin raconte une tout autre histoire que celle des cartes postales. Adoptée par un médecin respecté, elle affirme avoir été livrée dès l’âge de 4 ans à un groupe d’hommes puissants, qu’elle décrit comme un réseau pédocriminel organisé dans les beaux quartiers parisiens.

Son récit a été mis au jour en 2024 dans l’enquête de Willy Le Devin, Les hommes de la rue du Bac, publiée par Libération puis en livre aux éditions JC Lattès. Depuis une plainte déposée en 2023 et l’ouverture d’investigations, Inès Chatin répète qu’elle se battra jusqu’au bout. Pour elle, parler revient à défier un système entier de respectabilité et d’impunité.

Une enfance brisée derrière les façades dorées

Dans l’enquête, elle désigne comme agresseurs des intellectuels français : l’écrivain Gabriel Matzneff, le directeur du Point Claude Imbert, mais aussi le médecin Jean-François Lemaire, son père adoptif. Selon son témoignage, des violences sexuelles répétées auraient eu lieu dans cet environnement bourgeois, avec d’autres enfants, « derrière les façades dorées des beaux quartiers ».

Le corps, dit-elle, a fini par se révolter. « Deux choses m’ont permis de le briser : à un moment, les manifestations physiques deviennent trop lourdes à porter. Le corps demande justice. On est obligé de l’écouter parce que sinon on meurt », confie-t-elle à Marie Claire. Elle raconte un épisode au Salon du livre où elle a perdu six kilos en une journée, et l’enveloppe de photos déchirées retrouvée chez sa mère comme un signal tacite pour parler.

Nommer un réseau pédocriminel au cœur de Paris

Longtemps, Inès Chatin dit avoir été sommée de ne pas employer le mot « réseau ». « On me disait : « Surtout, ne prononce jamais ce mot. » Donc, je parlais de bande, c’est ce que j’ai trouvé de plus approchant. » Désormais, elle assume le terme : « Quand on se met à plusieurs et qu’on s’organise pour avoir des enfants à disposition, le mot réseau est tout à fait adéquat. » Pour elle, le fait que ce mot soit aujourd’hui posé dans le débat public marque une évolution décisive.

Les hommes qu’elle accuse appartiennent aux élites parisiennes, amis de son père adoptif. Elle décrit un entre-soi protecteur : « Oui parce que la présomption est que derrière les façades dorées, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Elles mettent une sorte de barrière de respectabilité. Et cette présomption est tellement efficace qu’elle assure l’impunité et le silence. Le pourcentage de relais sociaux ou de juges pour enfants qui peuvent traiter de ces affaires de pédocriminalité au sein de ces familles est proche de zéro. C’est terrifiant. » Les faits qu’elle dénonce font aujourd’hui l’objet d’enquêtes, et la présomption d’innocence demeure pour les personnes citées.

Plainte, enquête et un combat qu’Inès Chatin promet de poursuivre

En décembre 2023, elle a déposé plainte à l’Office des mineurs contre Gabriel Matzneff. « J’ai porté plainte à l’Office des mineurs (OFMIN), on a déposé un dossier de plus de 5 000 pages certifiées par huissier. » Elle affirme y avoir documenté aussi des complicités ayant permis une « impunité » judiciaire, évoquant par exemple une intervention de Claude Imbert pour alléger une condamnation de son père adoptif. Elle souligne qu’ »aujourd’hui, il n’y a pas de plainte de la partie adverse » malgré les noms cités. Une autre plainte, toujours ouverte, vise la Famille adoptive française pour adoption illégale, qu’elle relie à son histoire personnelle.

Sur le plan politique, Inès Chatin réclame l’imprescriptibilité de tous les crimes sexuels sur mineurs et le vote d’une « loi intégrale » contre les violences sexuelles. « Je continuerai à crier devant le ministère de la Justice pour obtenir l’imprescriptibilité », affirme-t-elle, prenant l’exemple du chirurgien Joël Le Scouarnec « qui a abusé de 300 enfants ». Devant le ministère, mégaphone à la main, elle lance aussi : « Aidez-nous, donnez-nous le soutien de la République ». Elle dit poursuivre sa propre enquête avec une détective privée et des journalistes, et conclut : « Je répète encore une fois que je suis à la disposition de la justice pour apporter les nouveaux éléments que nous avons découverts. Je ne lâcherai pas. »

En bref

  • Entre 1977 et 1987, à Paris, Inès Chatin raconte une enfance brisée dans les beaux quartiers et met en cause un réseau pédocriminel.
  • Son témoignage nourrit l’enquête Les hommes de la rue du Bac, une plainte à l’OFMIN et une investigation préliminaire du parquet de Paris.
  • Entre bataille pour l’imprescriptibilité, dénonciation des impunités bourgeoises et prises de parole médiatiques, le chemin qu’elle ouvre semble loin d’être achevé.