Après le millennial grey, cette couleur « bien-être » adoptée partout vous étouffe chez vous sans que vous le sachiez
Vous avez repeint un mur en vert sauge, choisi un canapé émeraude, accumulé les plantes… et, sans trop savoir pourquoi, votre salon vous pèse. Après des années de millennial grey, ce gris uniforme jugé triste et froid, le vert devait tout arranger. Il promettait nature, douceur, esprit slow, loin des intérieurs aseptisés.
En ce début 2026, un autre mot revient pourtant sur toutes les lèvres : ras-le-bol. Dans la déco comme ailleurs, certains ont l’impression d’avoir perdu la main. "Je ne vois pas la couleur de mes impôts", confie Jérémy, chauffeur, sur RMC-BFMTV. Il dit ne "pas voir la couleur" de ce qu’il verse au fisc, estime que "le moindre gain" est aussitôt repris par l’Etat et que les contribuables "ne font que payer les dettes". Dans les salons, le trop-plein prend juste une autre forme.
Du millennial grey au vert jungle, une nouvelle uniformité
Pour tourner la page d’intérieurs jugés "trop vu, trop plat, trop froid", beaucoup ont misé sur le vert. Mur en vert sauge, cuisine vert forêt, canapé vert sapin : c’était l’anti-gris rassurant, inspiré de la nature et des feeds Instagram. "Il y aura un premier courant qui va jouer des couleurs safe, mais avec des associations un peu moins délicates, plus surprenantes, voire dissonantes, un peu grinçantes," annonce Dinah Sultan, trend forecaster chez Peclers dans Harper's Bazaar. "Et en deuxième temps, on va avoir un courant un peu plus fun, qu'on pourrait voir attaché aussi à toute l'influence encore de la pop culture."
Sauf que la touche colorée est devenue réflexe. Mur accent, puis canapé, puis rideaux kaki, coussins olive, tapis mousse, jungle de plantes façon urban jungle… Jusqu’à créer des "boîtes" presque monochromes. En plein hiver 2026, quand la lumière naturelle se fait rare avant 9 heures et après 17 heures, ces verts souvent foncés ou grisés absorbent la clarté, et la promesse de cocon se change en impression de pièce fermée.
Quand le total look vert fait rétrécir le salon
Dans un décor saturé de vert, l’œil ne sait plus où se poser. Les plantes se camouflent sur les murs, la pièce paraît plus petite, l’ambiance devient paradoxalement froide car beaucoup de verts contiennent une pointe de bleu ou de gris. C’est ce monochrome végétal strict qui épuise le regard et donne l’impression de vivre dans un décor de catalogue plutôt que dans un lieu vraiment à soi.
Si vous vous demandez pourquoi vous "étouffez" chez vous, quelques signes reviennent souvent :
- vos murs, vos assises et vos rideaux sont tous verts, dans des nuances proches ;
- dès 17 heures, la pièce semble sombre, même avec les lampes allumées ;
- toute autre couleur vous paraît soudain agressive ou "qui ne va pas".
Alléger sans tout repeindre : casser le monopole du vert
Bonne nouvelle, il n’est pas question de bannir le vert, seulement de lui rendre sa place de couleur plaisir. Réintroduire des matières chaleureuses change déjà tout : un meuble en noyer, un tapis en laine bouclée écrue, quelques paniers en rotin réchauffent un salon trop uniforme. Côté touches colorées, "Un poignet rouge qui sort avec le t-shirt de dessous, un gant vert, un petit revers orange... On observe des petites touches colorées, mais vraiment petites," énumère Maud Pupato, Directrice des achats luxe du Printemps. En déco, deux coussins terracotta, un vase brique ou un plaid jaune moutarde jouent exactement ce rôle.
Les experts rappellent que "Le vert ne peut pas être le nouveau gris millennial, car ce n’est pas une couleur neutre." Pour éviter qu’il n’écrase tout, mieux vaut le réserver à un seul élément fort et l’entourer de beige sable ou de grège, de bois chauds et de métaux dorés. "Ce qui va être intéressant, c'est de créer des clashs couleurs que l'on attend peut-être un peu moins, avec des verts notamment, des verts un peu curry, des verts un peu lichen, des verts très frais, assez lumineux," anticipe Dinah Sultan de Peclers. De quoi garder le vert… sans qu’il vous donne envie de fuir votre propre salon.