Malformations congénitales : en Californie, cette farine pour tortillas doit enfin réparer 27 ans d’oubli

Publié le Par Rédaction Elle adore
Malformations congénitales : en Californie, cette farine pour tortillas doit enfin réparer 27 ans d’oubli © Reworld Media

En 2026, une loi californienne impose l’acide folique dans la masa de maïs pour réduire certaines malformations congénitales. Que révèle ce rattrapage de 27 ans sur nos propres politiques de santé ?

Depuis 1998, les États-Unis ajoutent de l’acide folique aux farines de blé pour prévenir des malformations graves du tube neural. Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) parlent d’une baisse d’environ 30 à 35 % des cas, soit près de 1 300 grossesses épargnées chaque année. Pourtant, les familles qui mangent surtout du maïs sont restées longtemps en dehors de ce filet de sécurité.

En 2024, la Californie a décidé de corriger ce décalage avec la loi AB 1830, première aux États-Unis à imposer l’ajout d’acide folique dans la masa de maïs, la farine des tortillas. À partir du 1er janvier 2026, les producteurs devront ajouter 0,7 milligramme par livre de masa sèche et 0,4 milligramme pour la masa humide. Une façon de combler 27 ans d’oubli pour la prévention des malformations congénitales.

Loi AB 1830 et masa de maïs

L’acide folique est la forme synthétique de la vitamine B9. Elle aide le tube neural du fœtus à se fermer correctement dans les 28 premiers jours après la conception, souvent avant même que la grossesse soit connue. Les malformations du tube neural, comme la spina bifida ou l’anencéphalie, peuvent entraîner un handicap lourd ou la mort du nouveau-né.

Pour protéger les grossesses non planifiées, les autorités misent sur la fortification des aliments de base. Depuis que la Food and Drug Administration (FDA) impose l’acide folique dans les farines de blé, les CDC estiment que 1 300 grossesses avec malformation du tube neural sont évitées chaque année aux États-Unis, soit une baisse d’un tiers des cas. La loi AB 1830 applique désormais la même logique aux tortillas qu’au pain.

Familles hispaniques et 27 ans de retard

Lorsque la FDA a lancé la fortification obligatoire en 1998, la masa de maïs en a été exclue sans raison scientifique claire. Ce n’est qu’en 2016 que l’agence a autorisé, sur base volontaire, l’ajout d’acide folique dans cette farine, et les documents d’AB 1830 estiment qu’à peine 10 % des produits ont ensuite été enrichis. Les foyers qui mangent surtout des tortillas de maïs sont donc restés largement en dehors du filet de sécurité.

Ce décalage a surtout touché les communautés hispaniques. En Californie, des données reprises par CalMatters montrent que seulement 28 % des Latinas prennent de la vitamine B9 le mois précédant la grossesse, contre 46 % des femmes blanches, et que les bébés nés de mères hispaniques présentent plus de malformations du tube neural. Pour le magazine VegOut, c’est un véritable angle mort culturel que la loi AB 1830 cherche à corriger.

France et règle californienne

En France, la prévention des malformations du tube neural repose sur des compléments de vitamine B9 prescrits avant ou au début de la grossesse, sans fortification obligatoire des farines. Ce modèle fonctionne pour les grossesses planifiées et les femmes suivies, moins pour celles qui découvrent leur grossesse tard. L’exemple californien rappelle qu’une politique nutritionnelle doit coller aux assiettes réelles, qu’elles soient faites de tortillas, de baguette, de semoule ou de riz.

Sources

En bref

  • En 2024, la Californie adopte la loi AB 1830 pour imposer l’acide folique dans la masa de maïs et cibler les malformations du tube.
  • La règle fixe des doses précises d’acide folique dans les farines de masa de maïs et modifie l’étiquetage sans changer le goût des tortillas.
  • Cette correction d’un angle mort culturel pour les familles hispaniques questionne la façon dont la France protège les grossesses imprévues via la vitamine B9.