Potager : ce vieux pot en terre cuite des grands-parents protège vos légumes sans produits, ne l’abandonnez pas cet été
© Reworld Media
Au fond des jardins français, un modeste pot en terre cuite retourné sur un piquet intrigue depuis des générations. Ce geste transmis par les anciens cache une arme écologique surprenante contre les ravageurs.
Au fond du potager familial, beaucoup se souviennent de ce drôle de petit pot rougi par le soleil, retourné sur un piquet, un toupet de paille dépassant. Enfants, nous avons souvent pris ce totem pour une superstition de grand-mère, sans imaginer qu’il cachait une véritable stratégie de jardinier.
Des décennies plus tard, à l’heure où l’on traque chaque goutte de pesticide, les jardiniers ont redécouvert que ce pot en apparence anodin servait d’abri à un allié redoutable : le perce-oreille. Et quand on comprend ce qui se passe à l’intérieur de ce refuge en terre cuite, le geste des anciens prend tout son sens.
Un pot en terre cuite comme cachette fraîche et sombre
Le perce-oreille, ou Forficula auricularia, a toujours recherché les mêmes coins : fissures, dessous de pierres, tas de bois, cavités d’écorce. Le jour, il s’y est caché ; la nuit, il est parti chasser. Le petit pot en terre cuite retourné, garni de paille, imite parfaitement cet abri sombre, frais, légèrement humide et protégé des oiseaux.
La matière joue un rôle clé. La terre cuite, naturellement poreuse, laisse l’air circuler et évacue l’excès d’humidité, là où un pot en plastique garderait la condensation. Elle amortit aussi les variations de température autour de la paille. Résultat : un micro-climat stable, très rassurant pour ces insectes grégaires qui aiment se serrer les uns contre les autres.
Le perce-oreille, faux coupable mais vrai garde du corps
On l’a longtemps accusé d’avoir troué salades et dahlias, alors qu’il s’attaquait surtout aux vraies pestes du jardin. Omnivore, le perce-oreille dévore pucerons, acariens, petites chenilles, œufs d’insectes. Une nymphe peut engloutir jusqu’à une cinquantaine de pucerons par jour, un adulte autour de 120, et une petite colonie installéée dans un seul pot peut faire disparaître plusieurs centaines de pucerons en quelques nuits.
Des études de l’INRA ont montré qu’il régulait très bien les psylles du poirier dans les vergers, au point que certains arboriculteurs ont déplacé des pots remplis de forficules vers les arbres les plus attaqués. Oui, il lui est arrivé de grignoter quelques bourgeons ou pétales quand les proies manquaient, mais les dégâts sont restés très limités au regard du service rendu en lutte biologique.
Installer chez soi le “pot à paille” des grands-parents
Nous avons tous déjà accroché un pot « pour faire comme avant », sans trop savoir comment le positionner. La recette est simple : choisir un petit pot en terre cuite percé, le remplir de paille ou de foin sans trop tasser, maintenir le tout avec un morceau de grillage, puis le retourner et l’attacher solidement.
- Sur un piquet de tomates ou de haricots, bien au contact du bois.
- Dans un rosier, coincé contre une branche charpentière.
- Sur le tronc ou une grosse branche d’un pommier ou d’un poirier.
Les abris ont ensuite été laissés en place tout le printemps et l’été, parfois déplacés vers une plante couverte de pucerons comme le faisaient déjà certains arboriculteurs. Reste à garder un œil : si les proies se font rares et que quelques pétales sont grignotés, il suffit d’éloigner un ou deux pots pour retrouver l’équilibre, sans renoncer à ce précieux coup de main nocturne.
En bref
- 👵 Dans les potagers français, un petit pot en terre cuite garni de paille, hérité des grands-parents, revient au goût du jour chez les jardiniers.
- 🪴 Installé sur un piquet du potager, cet abri pour perce-oreilles en pot de terre cuite s'intègre à une stratégie douce de lutte biologique.
- 🐞 Entre micro-climat frais, paille protectrice et chasse nocturne, l'efficacité surprenante de ce montage ancien réserve encore quelques bonnes surprises aux jardiniers curieux.
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