Rappels alimentaires : ces 6 alertes par jour sur RappelConso doivent-elles vous inquiéter pour ce que vous mangez ?
Notifications d’alerte qui s’enchaînent, affiches rouges en magasin, posts sur les réseaux sociaux… Les rappels alimentaires sont devenus un décor familier du quotidien. En 2024, un peu plus de 2 000 rappels de produits alimentaires ont été publiés sur le site officiel RappelConso, soit en moyenne cinq à six par jour.
Depuis l’ouverture de RappelConso en 2021 par la DGCCRF, près des trois quarts des quelque 15 000 rappels concernent l’alimentation. Des enseignes bio comme Naturalia ont dû retirer des graines de lin trop riches en acide cyanhydrique, des terrines avec risque de corps étrangers métalliques ou des pains de mie présentant des moisissures. De quoi questionner la confiance dans ce qu’il y a dans nos assiettes.
Cinq à six rappels alimentaires par jour : que révèlent les chiffres ?
Après un pic à environ 3 247 rappels alimentaires en 2021, lié notamment au scandale de l’oxyde d’éthylène, les années suivantes sont restées à un niveau élevé : près de 2 443 en 2022, un peu plus de 2 000 en 2023 puis en 2024. Les produits laitiers représentent environ 25 % des rappels, la viande 21 % et les produits de la mer 7 %. Une même contamination peut toutefois générer plusieurs fiches (marques ou formats différents), ce qui gonfle mécaniquement le compteur.
Dans le détail, les causes sont variées. On retrouve les bactéries pathogènes comme Listeria monocytogenes, Salmonella ou Escherichia coli, des dépassements de seuils pour des mycotoxines (dont l’aflatoxine B1), des résidus de pesticides, la présence d’allergènes non déclarés (mollusques, sulfites, alcool benzylique), mais aussi des corps étrangers métalliques, des défauts de stérilisation ou des risques de fermentation. Les rappels Naturalia illustrent cette diversité, y compris pour des produits bio.
Pourquoi les rappels de produits alimentaires se multiplient
Les autorités sanitaires et la DGAL ont fixé un objectif d’environ 100 000 contrôles officiels par an. Combiné aux autocontrôles des industriels, cela augmente mécaniquement la détection des non-conformités. Les seuils réglementaires pour les pesticides, les mycotoxines ou certaines substances comme les PFAS ont été abaissés, et davantage de molécules sont recherchées en laboratoire. Pour les pouvoirs publics, la hausse des rappels traduit surtout une surveillance plus fine et une transparence accrue.
D’autres facteurs jouent aussi. La mondialisation favorise l’arrivée de produits contenant des substances interdites en Union européenne, comme l’a montré l’affaire de l’oxyde d’éthylène. Le dérèglement climatique, avec des épisodes de chaleur et d’humidité, favorise le développement de moisissures et de bactéries sur les céréales, fruits ou légumes. L’ONG Foodwatch pointe de son côté que beaucoup de rappels interviennent alors qu’une partie des produits a déjà été consommée, ce qui limite la portée préventive du dispositif.
Comment suivre les rappels sans céder à la peur
RappelConso recense en temps réel les rappels de produits alimentaires et non alimentaires, avec recherche par catégorie, marque, type de risque et distributeur. Les entreprises ont l’obligation légale d’y déclarer tout rappel via un portail professionnel, sous peine de sanctions. Le site Service-public rappelle quelques réflexes simples en cas d’alerte :
- mettre immédiatement le produit rappelé de côté et ne plus l’utiliser ;
- vérifier précisément marque, numéro de lot, dates et magasins concernés ;
- suivre les consignes indiquées : retour en magasin, destruction, contact du fabricant ;
- surveiller son état de santé en cas de symptômes inhabituels et conserver les preuves d’achat.
La plateforme SignalConso, complémentaire, permet aux consommateurs de signaler directement un produit ou un commerce jugé douteux. Dans les faits, le nombre de cas graves reste faible au regard des millions de repas consommés chaque jour, mais la vigilance est renforcée pour les publics fragiles – femmes enceintes, jeunes enfants, personnes âgées ou immunodéprimées – pour qui certaines catégories comme les fromages au lait cru ou les viandes peu cuites restent à manier avec prudence.