Feuilles de rhubarbe toxiques : ce geste étonnant que font les jardiniers au printemps pour le compost du potager
© Reworld Media
Au printemps, les touffes de rhubarbe débordent et les feuilles finissent souvent en sac pour la déchetterie. Pourtant, de plus en plus de jardiniers choisissent le compost, persuadés qu’un simple geste suffit à lever le risque pour le potager.
Au printemps, la rhubarbe déploie ses énormes feuilles au-dessus de pétioles déjà bons pour les tartes. Une fois les tiges coupées, beaucoup d’entre nous restent plantés devant le composteur : ces grandes feuilles dites toxiques doivent-elles vraiment finir en sac pour la déchetterie, loin du potager ?
Cette réputation vient d’un fait bien réel : le limbe concentre de l’acide oxalique, dangereux s’il est avalé en grande quantité. De là est né un mythe : les feuilles empoisonneraient le tas, puis les légumes. Or, comme le rappelle le jardinier Larry Hodgson, cité par Mon Jardin & Ma Maison : « Mais cette idée est fausse. » Ce printemps, de plus en plus de jardiniers font un autre choix : elles partent au compost, sans risque pour le potager.
Feuilles de rhubarbe : toxiques à table, inoffensives une fois compostées
Le limbe contient bien de l’acide oxalique, mais le danger concerne les mammifères qui mangent les feuilles fraîches, pas les microbes du tas. Les données disponibles indiquent environ 0,2 à 0,5 g d’acide oxalique pour 100 g de pétioles, alors qu’une dose problématique tourne autour de 5 g pour un adulte. Une feuille fraîche en contient environ 0,5 % de son poids : il faudrait donc approcher 5 kg de feuilles avalées pour atteindre une dose théorique létale chez un adulte de 65 kg.
Dans un compost actif, la scène est totalement différente. Bactéries, champignons et vers de terre décomposent rapidement l’acide oxalique en eau, carbone et éléments nutritifs simples. Les racines des plantes n’absorbent pas cette molécule telle quelle, seulement ces nutriments de base. Quand le compost devient brun, friable, sans odeur forte, il ne reste plus aucune toxicité spécifique liée à la rhubarbe.
Au printemps, le bon geste pour mettre les feuilles de rhubarbe au compost
Nous avons tous déjà hésité, sécateur en main, devant ces ombrelles vertes. Après la récolte de pétioles d’environ 30 cm, tirés puis légèrement vrillés à la base, la feuille se coupe sur une planche propre. Pour un compost qui respire, chaque limbe est découpé en morceaux de 5 à 8 cm, afin de se décomposer comme une salade très flétrie.
Juste après, ces morceaux se mélangent à des matières brunes : pour deux poignées de feuilles très humides, on ajoute une poignée de feuilles mortes, paille ou carton brun non imprimé. Le tout se glisse au cœur du tas, jamais en tapis compact sur le dessus. Un brassage à la fourche après 7 à 10 jours, surtout en cas d’odeur aigre, et un ratio global proche de 25 à 50 % de matières vertes pour 50 à 75 % de brunes garantissent un compost souple, sans jus au fond.
Paillage, macération, compost mûr : la boucle vertueuse des feuilles de rhubarbe
D’ailleurs, ces feuilles peuvent vivre plusieurs vies avant le compost. Étendues en couche unique, nervures contre le sol, elles forment un paillage express entre tomates, courgettes ou jeunes arbustes ; au bout de 10 à 15 jours, elles ramollissent, brunissent et rejoignent le tas. En macération courte, 1 kg de feuilles hachées dans 10 litres d’eau, pendant 24 à 72 heures, donne un liquide à utiliser rapidement contre les pucerons, hors plein soleil et fleurs ouvertes.
Quand le compost est mûr, il est brun, friable, sent le sous-bois et ne laisse plus deviner les limbes. S’il reste fibreux, il a souvent gagné à reposer deux ou trois semaines de plus. Au printemps, une fine couche d’environ 2 cm autour des fraisiers ou des vivaces, sans couvrir le collet, suffit à assouplir la terre sous les doigts après l’arrosage, sans jamais charger le potager en toxiques.
Sources
En bref
- 🌱 Au printemps, les feuilles de rhubarbe riches en acide oxalique interrogent les jardiniers qui hésitent entre déchetterie et compost au pied du potager.
- 🔧 Une méthode précise conseille de découper les limbes, les mêler aux matières brunes et les enfouir dans un compost actif aéré plutôt qu’en tapis.
- 🍓 Entre paillage express, macération courte contre les pucerons et compost mûr, ces feuilles soi-disant toxiques s’intègrent finalement à une boucle vertueuse au jardin.
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