Ce n'est pas que les hormones : ce choc vécu par 1 mère sur 4 fait exploser le risque de dépression post-partum

Publié le ParRédaction Elle adore
Ce n’est pas que les hormones : ce choc vécu par 1 mère sur 4 fait exploser le risque de dépression post-partum © Reworld Media

En France, une mère sur quatre dit avoir subi des soins irrespectueux en maternité, avec à la clé un risque accru de dépression post-partum. Que se passe-t-il vraiment dans ces salles de naissance pour laisser de telles traces ?

Dans beaucoup d’esprits, la maternité reste une parenthèse rose, avec des chambres baignées de douceur et des parents comblés. Pour nombre de mères françaises, le décor a été tout autre : lumières crues, gestes brusques, remarques qui piquent et cette sensation glacée d’être un corps qu’on manipule plus qu’une patiente qu’on accompagne.

Une vaste enquête nationale vient poser des chiffres sur ce malaise. Selon l’Enquête nationale périnatale 2021 de l’Inserm et de l’AP-HP, près d’une femme sur quatre rapporte avoir subi des soins irrespectueux en salle de naissance ou durant son séjour. Chez elles, le risque de dépression post-partum bondit, preuve que ce n’est pas que la faute des hormones. Une donnée qui change tout.

Soins irrespectueux en maternité : une réalité française passée sous silence

Cette photographie inédite de la naissance en France repose sur 7 189 mères interrogées environ deux mois après l’accouchement. Parmi elles, 24,9 % disent avoir vécu des paroles, des gestes ou des comportements blessants ou choquants. L’étude montre que 21,8 % de ces femmes présentent alors des symptômes dépressifs, contre 16,6 % chez celles qui ne rapportent pas de tels agissements, soit une hausse du risque d’environ 37 %.

Ces « soins irrespectueux » recouvrent des actes très concrets, souvent pratiqués sans consentement éclairé ni explication, alors que la femme est en pleine vulnérabilité. Dans les récits, reviennent des gestes invasifs ou des mots qui restent gravés des années plus tard.

  • épisiotomies sans explication ni accord ;
  • expression abdominale, pression forte sur le ventre ;
  • examens vaginaux répétés sans demander ;
  • remarques culpabilisantes, douleur ignorée.

Du choc en salle d’accouchement à la dépression post-partum

Ce que racontent les statistiques se lit dans l’histoire d’Isabelle Boivin. Après un accouchement difficile, une aide-soignante lui lance : « Madame, vous avez tellement hurlé pendant l’accouchement que vous devez avoir traumatisé votre enfant ». Elle se voit ensuite poser son bébé sur le ventre : « Je me suis retrouvée avec ce petit bout sur moi, je tremblais, j’étais en choc post-traumatique. J’ai accueilli ce bébé, ma fille, et je dis souvent que si on m’avait posé un autre bébé ou un petit rôti sur moi, ça aurait été pareil. Je n’avais pas de réaction », raconte-t-elle à Franceinfo.

Perte de contrôle sur son corps, douleur minimisée, sentiment d’abandon au moment le plus vulnérable de la vie : tous les ingrédients du traumatisme sont là. Pour Isabelle Boivin, « Heureusement, ce n’est pas tous les soignants. Mais il suffit d’un seul pour tout plomber. Un mot peut avoir des conséquences pour une vie ». Ce type de choc ne se résume pas à un simple baby blues lié à la chute hormonale ; il peut laisser une tristesse durable, de l’anxiété, un repli sur soi et altérer le lien mère-enfant.

Un facteur de risque modifiable : remettre le respect au centre de l’accouchement

Les auteures de l’Enquête nationale périnatale appellent à « s’atteler à humaniser les soins et mieux prendre en considération les besoins des femmes ». Tout se joue alors dans de petits gestes : expliquer chaque acte, demander le consentement, par exemple avec un « je vais vous examiner, êtes-vous d’accord ? », et proposer ensuite des entretiens postnataux, des consultations spécialisées ou des groupes de parole pour revenir sur l’accouchement.

En bref

  • Enquête nationale périnatale 2021 Inserm–AP‑HP auprès de 7 189 mères françaises, deux mois après l’accouchement, révélant l’ampleur des soins irrespectueux en maternité.
  • Ces paroles blessantes, gestes imposés et violences obstétricales forment un traumatisme en maternité qui augmente nettement le risque de dépression post-partum.
  • Validation du vécu, humanisation des naissances et accompagnement psychologique spécialisé ouvrent des pistes pour se reconstruire et limiter les séquelles à long terme.