Gel : ce réflexe de protection que 9 jardiniers sur 10 appliquent ruine en silence leurs plantes au printemps
Chaque annonce de vague de froid déclenche la même scène : pots entassés dans le salon, terrasse désertée, impression rassurante d’avoir sauvé son petit monde végétal. Beaucoup découvrent pourtant au printemps des plantes chétives, jaunissantes, qui ne retrouvent jamais leur allure d’avant. Le réflexe de rentrer ses plantes quand il gèle semble logique, mais quelque chose cloche.
En ce mois de janvier 2026, alors que le gel s’installe, les jardiniers se divisent entre déménagements paniqués et attente résignée. Derrière ces gestes se joue en réalité la santé future des massifs, des hortensias aux géraniums. La vraie erreur que font 9 jardiniers sur 10 ne vient pas du gel lui-même, mais de la manière de le gérer.
Rentrer toutes ses plantes au chaud : un réflexe qui les épuise
Le fameux “syndrome du sauveur” pousse à rentrer tout ce qui a des feuilles, au point de transformer le salon en jungle. L’espace de vie se retrouve encombré, humide de terreau, tandis que les plantes, loin de remercier, perdent leurs feuilles, penchent, se couvrent de tiges molles. L’enfermement n’est pas la garantie de survie espérée.
Dans une pièce chauffée à 20 ou 21 degrés, l’air sec agit comme un déshydrateur. Le feuillage perd son eau plus vite que les racines, installées dans un pot qui sèche à toute vitesse, ne peuvent la remplacer. Le passage brutal d’environ 5 °C dehors à cette chaleur intérieure crée un choc thermique : la sève se remet en mouvement alors que les jours restent courts, la lumière insuffisante, et la plante dépense ses réserves pour une poussée fragile et pâle, typique de l’étiolement.
Dormance et vernalisation : quand le froid devient un allié
Pour la majorité des végétaux de climat tempéré, l’hiver correspond à une phase de dormance. L’activité ralentit, la sève se concentre dans les racines et les tiges principales, le système racinaire se renforce silencieusement. Réveiller artificiellement une plante en la collant au radiateur revient à interrompre ce “sommeil profond”, ce qui laisse moins d’énergie disponible au retour du vrai printemps.
Beaucoup d’espèces ont même besoin du froid : c’est la vernalisation. Tulipes, pivoines, arbres fruitiers en pot ou hortensias possèdent une sorte de compteur interne d’heures de froid. Les hortensias Hydrangea macrophylla, par exemple, ont déjà formé leurs bourgeons floraux dès la fin de l’été précédent ; en janvier, ces promesses de fleurs patientent sur les tiges nues. Si le pot passe l’hiver près d’un radiateur, le quota de froid n’est pas atteint et l’on obtient un beau feuillage, mais peu ou pas de boules colorées.
Les bons gestes quand il gèle : tri des plantes et protection intelligente
La clé consiste à distinguer les “guerrières” rustiques des véritables frileuses. Rosiers, petits fruitiers, hortensias, buis, thym ou sauge supportent le froid et en sortent renforcés. Ils gagnent à rester dehors, protégés sur place par un paillage d’hiver épais de 10 à 15 centimètres de feuilles mortes, d’écorce de pin, de paille ou de broyat, étalé sur la zone des racines en laissant le collet légèrement dégagé. Sur une terrasse, surélever les pots et les entourer d’un voile d’hivernage respirant crée un cocon qui garde les racines hors gel sans étouffer la plante.
Les vraies sensibles au gel, comme certains citronniers, l’hibiscus rosa-sinensis, les plantes grasses gélives ou les géraniums, doivent, elles, être rentrées, mais dans une pièce fraîche et lumineuse, autour de 8 à 12 degrés. Pour les géraniums déjà à l’abri, janvier est le moment de couper feuilles et fleurs mortes, tiges noircies, avec un sécateur propre et désinfecté, quelques millimètres au-dessus d’un nœud sain. Un arrosage très léger une fois par mois suffit, car un sol détrempé combiné au froid fait pourrir les racines et ruine cet hivernage minutieux.