Jardiniers : ne l’arrachez plus, cette mauvaise herbe piquante est l’alliée cachée de vos plantes fragiles
Chaque hiver, même scène : la terre nue, le froid qui pique les doigts et cette touffe d’herbe qu’on arrache machinalement pour faire « propre ». Feuilles dentées, piqûres immédiates, souvenirs d’enfance douloureux… Dans beaucoup de jardins, l’ennemi numéro un reste la ortie, arrachée dès qu’elle pointe le bout de ses tiges.
Et si cette soi-disant mauvaise herbe était au contraire l’une des meilleures alliées de vos massifs, de vos tomates et de vos rosiers ? Derrière son feuillage urticant, la ortie au jardin nourrit le sol, protège les plantes et fait vivre toute une petite faune utile en plein hiver. Une alliée qu’on a longtemps sous-estimée.
Ortie au jardin : une fausse mauvaise herbe très utile
Longtemps, l’ortie a symbolisé le jardin négligé : croissance rapide, aspect envahissant, brûlures au moindre contact. Beaucoup l’ont combattue à la binette. Pourtant, sous cette réputation, se cache une plante d’une grande richesse : son feuillage concentre vitamines, minéraux, protéines végétales et oligo-éléments.
Dans le sol, l’ortie agit comme une véritable éponge vivante. Ses racines profondes vont chercher des éléments nutritifs que d’autres plantes n’atteignent jamais, puis les restituent en surface. Sur une parcelle fatiguée par des cultures répétées ou par le froid de l’hiver, elle enrichit, structure et revitalise la terre, préparant idéalement les futurs semis de printemps. Elle fonctionne alors comme un engrais naturel gratuit.
Une alliée gratuite pour la biodiversité et les cultures
Vue de près, l’ortie devient un refuge cinq étoiles pour la biodiversité du jardin. Coccinelles, syrphes, papillons, araignées et beaucoup d’autres y trouvent abri, nourriture ou site de ponte. En plein hiver, elle protège œufs, pupes et larves qui assureront, dès le printemps, la régulation naturelle des pucerons et autres ravageurs au potager.
Au pied des légumes, l’ortie change encore de rôle. Utilisée en paillage finement ciselé, elle limite l’évaporation, freine la pousse d’herbes concurrentes et libère peu à peu ses minéraux : azote, fer, potassium, magnésium. Jetée sur le tas de compost, elle active la fermentation et accélère la formation d’humus. Sous forme de purin d'ortie pulvérisé, elle aide les jeunes plants à mieux résister aux pucerons, au mildiou et à l’oïdium, sans produits chimiques.
Purin d'ortie : recette maison et bonnes précautions
Dans bien des potagers, le purin d'ortie est surnommé potion magique. Préparé à partir d’environ 1 kg d’orties fraîches pour 10 litres d’eau de pluie, dans un récipient en plastique ou en bois, il dynamise la croissance, fortifie le feuillage, accélère la floraison et encourage la fructification, tout en réduisant le recours aux engrais industriels.
Les tiges sont coupées grossièrement, plongées dans l’eau puis laissées à l’abri de la lumière. Au bout de 7 à 14 jours, quand le mélange ne produit plus de bulles, on filtre pour récupérer le jus, à diluer à environ 10 % avant arrosage ou pulvérisation. Portez des gants en caoutchouc épais et n’utilisez pas de tiges montées en graines pour éviter toute invasion. Sur les jeunes pousses fragiles, un purin dilué suffit. En ce début 2026, garder quelques zones d’orties, les ciseler plutôt que les éradiquer, s’inscrit au cœur du jardinage raisonné et de la permaculture, avec un potager plus vivant à la clé.