Plus de hérissons dans votre jardin ? Voici l’habitude de jardinage à bannir au plus vite pour les faire revenir
© Reworld Media
Partout en France, le hérisson d’Europe se fait rare dans les jardins familiaux, surtout à la belle saison. Quels gestes d’entretien fragilisent ces alliés discrets et comment les corriger ?
Les soirs d’été, beaucoup de jardins se sont tus. Plus de léger bruit de feuilles froissées, plus de petite silhouette ronde longeant les haies. Il y a une vingtaine d’années, croiser un hérisson en sortant les poubelles paraissait normal ; aujourd’hui, l’instant est presque exceptionnel. Quand ces boules de piquants disparaissent, ce n’est pas un hasard, et la raison se trouve souvent dans nos propres gestes.
Le hérisson d’Europe, Erinaceus europaeus, est pourtant un allié précieux. Animal nocturne, il parcourt plusieurs kilomètres de jardin en jardin pour dévorer limaces, escargots, vers blancs, chenilles et insectes. Dès que la température descend vers 5 à 7 °C, il se met en hibernation et ressort au printemps, souvent en mars, affamé et fragilisé. À ce moment précis, la manière dont vous entretenez votre terrain fait toute la différence.
Hérisson d’Europe : quand le jardin se tait, la biodiversité s’effondre
Dans les zones résidentielles, la chute des populations de hérissons frappe les naturalistes comme les jardiniers. Ce petit mammifère fait partie de la biodiversité ordinaire, celle qui vit juste sous vos fenêtres. Sa disparition signale un jardin qui ne nourrit plus grand monde. En temps normal, le hérisson assure une régulation naturelle des nuisibles que recherchent les adeptes de permaculture et de jardin au naturel.
Quand il n’est plus là, limaces et autres ravageurs prolifèrent, grignotent salades et fraisiers, et poussent à chercher des « solutions » rapides en magasin. On pulvérise, on traite, on arrose de granulés sans toujours faire le lien avec ce grand absent des nuits d’été. Le cercle se referme doucement : moins de hérissons, plus de ravageurs, donc plus de produits… et encore moins de vie.
Pesticides et jardin trop propre : l’habitude qui fait fuir les hérissons
L’usage répété de pesticides, insecticides et produits phytosanitaires, même estampillés « spécial jardin », transforme le terrain en piège. Au début du printemps, quand tout renaît, traiter pour « faire propre » revient à supprimer insectes et microfaune qui constituent le menu du hérisson. Sans proies, il meurt de faim ou s’épuise à chercher de quoi manger alors qu’il sort juste de plusieurs mois d’hibernation.
Les granulés anti-limaces au métaldéhyde, encore présents dans d’anciens stocks malgré leur interdiction progressive, posent un problème supplémentaire. Les limaces les ingèrent, sont ralenties, puis se font croquer. Le hérisson en avale des dizaines par nuit : les toxines s’accumulent dans son organisme, phénomène appelé bioaccumulation, et finissent par attaquer système nerveux et organes vitaux. En parallèle, le modèle du jardin « parfait » – pelouse rasée, feuilles ramassées, haies taillées au cordeau – laisse très peu d’abris et presque plus d’insectes. Un décor impeccable, mais un désert écologique.
Comment faire revenir les hérissons dans votre jardin, pas à pas
Pour inverser la tendance, la première étape consiste à bannir les traitements chimiques et laisser le sol se régénérer. Pour limiter les gastéropodes sans danger, misez sur la cendre de bois, le paillage, un cordon de sable ou de coquilles d’œufs, voire des collerettes en cuivre autour des jeunes plants. Les associations de plantes, comme capucines ou œillet d’Inde, et les purins d’ortie, de prêle ou de consoude aident aussi vos cultures ; un purin d’ortie se prépare avec 1 kg de tiges et feuilles pour 10 litres d’eau de pluie, puis se dilue à 10 à 20 %.
Il faut en parallèle offrir abris et passages. Laisser des herbes hautes, quelques zones de friche, des orties et pissenlits, un tas de feuilles ou de bois recrée un refuge. Les haies champêtres d’aubépine, noisetier ou prunellier, les dessous de cabanes, les rocailles avec plantes couvre-sol donnent des cachettes fraîches ou légèrement chauffées. Pensez aussi aux autoroutes à hérissons : un trou d’environ 13 cm sur 13 cm à la base d’une clôture permet à l’animal de circuler de jardin en jardin, surtout si les voisins jouent le jeu. Dans un coin calme, à l’abri du vent et de la pluie, un simple tas de feuilles ou une petite maison en bois, avec à côté une coupelle d’eau (jamais de lait), suffisent parfois pour qu’un soir, le bruissement familier revienne.
En bref
- Au printemps, le hérisson d’Europe Erinaceus europaeus déserte de nombreux jardins résidentiels, révélant un appauvrissement inquiétant de la biodiversité ordinaire.
- Produits phytosanitaires, granulés anti-limaces au métaldéhyde et obsession du jardin trop propre transforment pelouses et potagers en zones hostiles pour cette faune utile.
- En adoptant un jardin sans pesticides, des abris rustiques et des autoroutes à hérissons, il devient possible d’attirer les hérissons dans son jardin tout l’été.
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