Ces graines bon marché dans tous les rayons du pays : l’enquête choc d’hugo clément sur un risque sanitaire
Dans les rayons de tous les supermarchés de France, ces sachets de lentilles affichant discrètement la mention "origine Canada" se sont imposés au fil des années sans faire de bruit. Aliment du quotidien, plébiscité pour son prix doux et ses bienfaits nutritionnels, ce produit rassurant se retrouve brusquement au cœur d’une controverse après une nouvelle enquête du journaliste Hugo Clément, qui met en avant un risque sanitaire méconnu.
Entre attachement aux recettes traditionnelles et réflexe santé, les Français consomment des lentilles toute l’année, sans toujours se soucier de leur provenance exacte. Or la montée en puissance des lentilles canadiennes, produites à grande échelle et exportées massivement, s’accompagne de pratiques agricoles et de résidus de pesticides qui interrogent scientifiques, ONG et autorités. De quoi jeter un sérieux doute sur un aliment que beaucoup pensaient sans histoire.
Pourquoi les lentilles canadiennes dans nos rayons inquiètent Hugo Clément
Plat de grand-mère par excellence, les lentilles ont longtemps été associées aux terroirs français, de la lentille verte du Puy aux productions d’autres régions, parfois labellisées. Riches en fibres, en protéines végétales et en minéraux, elles s’inscrivent dans une alimentation considérée comme économique et équilibrée. Dans les linéaires, leur succès est visible : qu’elles soient vertes, blondes ou corail, elles occupent une place comparable au riz ou aux pâtes, et le petit salé aux lentilles reste un classique de l’automne et de l’hiver.
Depuis quelques années, un changement plus discret a pourtant pris de l’ampleur : une part croissante des paquets porte la mention "origine Canada". Le Canada est devenu un géant mondial de la production de lentilles, avec des coûts de revient plus bas, des récoltes abondantes et des rendements élevés, ce qui séduit l’agroalimentaire pour répondre à la demande hivernale. L’enquête menée à l’automne 2025 par Hugo Clément, du champ jusqu’aux rayons français, met en lumière que certains agriculteurs canadiens utilisent des traitements phytosanitaires interdits en Europe pour garantir des récoltes rapides et homogènes, et que des résidus peuvent persister sur les graines ensuite vendues en France.
Diquat, glyphosate et lentilles canadiennes : ce que disent les études
Au centre des inquiétudes figure le diquat, herbicide proche du glyphosate. Ce produit chimique est utilisé pour accélérer la maturation et la récolte mécanique des lentilles en desséchant les plants juste avant la moisson, ce qui permet d’obtenir des graines plus uniformes. Des résidus peuvent toutefois subsister sur la graine et résister aux lavages avant conditionnement. Pointé pour sa toxicité sur les êtres vivants et son impact sur les écosystèmes, il est associé à des troubles nerveux et à des risques accrus pour les travailleurs agricoles exposés. Dans l’Union européenne, son utilisation est interdite depuis 2020 sur la base du principe de précaution, mais cette interdiction ne s’impose pas aux pays tiers qui exportent leurs productions vers le marché européen.
Le cas des lentilles s’inscrit aussi dans un débat plus large autour du glyphosate. Selon les analyses de l’ONG Générations Futures, relayées par Europe 1, "sept céréales de petit-déjeuner sur huit" contenaient du glyphosate et "sept légumineuses sur douze analysées" en contenaient aussi, tandis que la proportion était plus faible pour les pâtes, puisque "deux pâtes alimentaires sur sept en contiennent", alors qu’"aucun des trois autres produits à base de céréales (petits pains secs, biscottes)" n’en contenait. Trois échantillons, dont deux sortes de lentilles et des pois chiches, présentaient également de l’AMPA, produit de dégradation du glyphosate. L’association relevait que "Les concentrations (de glyphosate) retrouvées vont de 40 g/kg pour une céréale du petit-déjeuner à 2.100 g/kg pour un échantillon de lentilles sèches", tout en précisant "Il n'y a, pour les aliments bruts (légumineuses), pas de dépassement de limite maximale en résidus (LMR, un seuil réglementaire de concentration de résidus de produits pesticides, NDLR)", une limite jugée "très élevée" pour les lentilles séchées. Sur le plan scientifique, le Centre international de recherche sur le cancer a classé le glyphosate comme cancérogène "probable chez l'homme", même si "les preuves sont limitées", alors que l’Autorité européenne de sécurité des aliments a, elle, estimé ce risque "improbable". Ces conclusions ont été jugées "faillibles" par 96 scientifiques, avant qu’une instance conjointe des Nations unies et de l’Organisation mondiale de la santé ne considère qu’il est "peu probable que le glyphosate provoque un risque cancérogène chez les humains qui y seraient exposés par l'alimentation.". Tout en rappelant l’absence de risque d’intoxication aiguë aux doses mesurées, Générations Futures insiste sur l’enjeu d’une exposition répétée à de faibles doses de pesticides, ce que résume François Veillerette : "Évidemment, il n'y a pas de risque d'intoxication aiguë, mais on sait qu'être exposé à un produit cancérogène à côté d'autres, dans d'autres secteurs de l'environnement, pendant des années et des années, ce n'est pas du tout une bonne nouvelle pour la santé humaine", a indiqué le porte-parole de l’ONG, cité par Europe 1.
Comment les consommateurs peuvent repérer et choisir leurs lentilles
Pour les acheteurs, la première étape consiste à regarder de près l’étiquette. La mention "origine Canada" apparaît désormais fréquemment sur de nombreux paquets, un détail à connaître si l’on souhaite éviter les lots issus de cultures ayant pu recevoir des herbicides comme le diquat. Les labels d’agriculture biologique excluent en principe l’usage de ce type de produits, même si les lentilles importées portant ce logo restent minoritaires. Sous la pression des enquêtes et des attentes du public, certains industriels commencent aussi à communiquer davantage sur leurs filières et leurs méthodes de production, mais la question d’une traçabilité sans faille pour chaque paquet demeure complexe.
En pratique, plusieurs options existent pour limiter les risques perçus : privilégier des lentilles françaises, locales ou issues de circuits courts, choisir des références bio lorsque c’est possible et rester attentif aux informations diffusées par les autorités. Lorsque des produits alimentaires d’origine animale sont contaminés par une bactérie comme la Salmonelle, les autorités françaises déclenchent par exemple une procédure de rappel, publiée sur le site Rappel Conso ; dans ces situations, il est demandé de ne pas consommer les produits, de les rapporter au point de vente et de consulter un médecin en cas de symptômes tels que fièvre, douleurs abdominales, vomissements ou diarrhées, en particulier pour les jeunes enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées. Pour les lentilles et plus largement les légumineuses, la question se situe davantage sur le terrain des résidus de pesticides et de l’exposition chronique, ce qui ramène le choix de la provenance et du mode de production au cœur des décisions d’achat du quotidien.