Ces messages bien-être culpabilisent ceux qui ont peu : cette réalité derrière le « prendre soin de soi »
Affiches en pharmacie, spots télé, challenges bien-être sur les réseaux : partout, le même refrain revient à l’approche de l’hiver : "Mangez mieux, bougez plus, pensez à vous". Ce mantra de la santé s’est installé dans le décor au point de sembler aller de soi, comme si chacun pouvait, à tout moment, décider de mieux dormir, mieux remplir son assiette, ajouter une séance de yoga ou de course à pied à son planning.
Pour beaucoup de Françaises au petit budget, la réalité ressemble pourtant à une autre histoire, faite de journées à rallonge, de trajets dans le froid, de comptes qui frôlent le rouge et de tickets de caisse qui grimpent. Entre caddie allégé, facture de chauffage et prix de l’abonnement à la salle, la priorité est vite tranchée. "On nous dit de bouger, manger mieux, prendre soin de soi" : encore faut-il, tout simplement, en avoir les moyens.
Quand les injonctions à bouger et manger mieux oublient le manque de moyens
Les messages qui prônent une vie plus saine se veulent universels, mais les obstacles qu’ils rencontrent sont très concrets : manque de temps, budget serré, fatigue chronique, absence d’espaces adaptés ou d’offres abordables. Les mamans qui jonglent entre enfants et travail, les salariées aux horaires décalés, les étudiantes qui cumulent cours et petits boulots peinent à caser une séance de sport ou une heure de cuisine maison dans des journées déjà saturées. Le climat automnal, la nuit qui tombe tôt et les trajets dans le froid n’aident pas non plus à enfiler des baskets après le travail.
En France, l’accès à une alimentation saine, à une activité physique encadrée ou à des soins de bien-être reste très lié au revenu : inscription en salle de sport, box repas "healthy", consultation de diététicienne ou séance de sophrologie font vite exploser le budget. Quand il faut choisir entre payer le chauffage ou un cours de Pilates, le choix ne laisse guère de suspense. Ce décalage nourrit la frustration et la culpabilité chez celles qui entendent qu’il "suffirait" de prendre de bonnes habitudes, alors que transformer son mode de vie demande du temps, de l’énergie… et un certain budget. Dans un tout autre décor, celui du château de la Star Academy, la production met au contraire en avant une prise en charge totale de la santé des élèves : "Une priorité absolue pour nous. Dès qu’un élève exprime un besoin, une solution est immédiatement trouvée, que ce soit une consultation avec le médecin de l’émission ou un rendez-vous chez un spécialiste", explique l’équipe au Parisien. Un personnel médical opérationnel 24 heures sur 24, des rendez-vous escortés, une psychologue disponible comme dans Secret Story : un contraste saisissant avec le parcours souvent semé d’embûches de ceux qui, dehors, cherchent simplement des soins accessibles.
Bouger et manger mieux avec un petit budget : des pistes concrètes
Pour autant, se remettre à bouger ne rime pas forcément avec abonnement hors de prix. L’activité physique peut se glisser dans le quotidien, sans passer par les machines d’une salle de sport. Quelques idées accessibles pour mettre son corps en mouvement, même quand le portefeuille fait grise mine :
- Remplacer la rameur de la salle par des marches rapides en extérieur ou dans les escaliers d’immeuble
- Pratiquer le renforcement musculaire à la maison, grâce à des vidéos de routines gratuites (squats, fentes, gainage, etc.)
- Organiser des séances collectives entre collègues ou amies, dans un parc ou un salon
- Danser sur ses chansons préférées en cuisinant ou en faisant le ménage
- Marcher une station de métro ou de bus plus tôt pour rallonger les trajets du quotidien
L’hiver lui-même offre des occasions d’activité : balades dominicales pour profiter de la lumière naturelle, marchés de Noël où l’on se déplace beaucoup… Toutes ces minutes finissent par compter. Côté assiette, manger mieux ne signifie pas se tourner vers des superaliments rares ou des produits 100 % bio hors de prix. Les textes rappellent l’intérêt des produits de saison et locaux, des légumes racines comme les carottes ou les pommes de terre, des légumineuses riches en protéines, des grands plats mijotés à partager ou à congeler. Limiter le gaspillage en utilisant les épluchures pour un bouillon ou les restes pour des galettes permet aussi d’alléger la note. Un simple porridge maison à base d’environ 40 g de flocons d’avoine, 200 ml de lait, une petite pomme râpée, une cuillère de miel ou de sirop d’érable et quelques amandes concassées apporte énergie et satiété sans alourdir le budget.
Prendre soin de soi sans culpabilité quand on fait avec ce qu’on a
"Prendre soin de soi" évoque souvent massage relaxant, spa intimiste, soins sophistiqués en institut, autant de plaisirs qui restent inaccessibles pour une grande partie de la population. Pourtant, s’accorder un moment pour soi ne passe pas forcément par des prestations coûteuses. Les auteurs mettent en avant des gestes simples : un automassage des pieds ou de la nuque avec une crème déjà présente dans la salle de bains, un bain de vapeur maison avec quelques gouttes d’huiles essentielles, en restant attentif aux contre-indications, ou l’instauration d’un rituel cocooning avec tisane fumante, bougie, quelques pages d’un roman et musique douce. La méditation peut aussi se découvrir via des applications gratuites, même cinq minutes avant de dormir, pour apaiser un peu le mental.
Face au découragement, l’idée est de rappeler que chaque petit pas compte, quel que soit le point de départ : un étirement sur le tapis du salon, deux légumes supplémentaires dans l’assiette, vingt minutes de marche pour aller chercher les enfants. Se fixer des objectifs réalistes et bienveillants envers soi-même, accepter les imprévus et les baisses de forme aide à ne plus subir le diktat du "tout ou rien". Dans le même temps, le texte souligne que le bien-être devrait être une chance offerte à toutes, pas une récompense réservée aux plus favorisées : l’accès aux installations sportives, à une alimentation équilibrée et aux soins préventifs reste largement conditionné par le revenu, ce qui accentue des inégalités de santé déjà marquées. Parmi les pistes régulièrement avancées figurent davantage d’activités gratuites ou solidaires, des paniers de producteurs vraiment abordables, des services de soins accessibles au plus grand nombre. En attendant d’éventuels changements plus larges, faire au mieux avec ce que l’on a, sans se juger, reste pour beaucoup une façon concrète de reprendre un peu de pouvoir sur son corps et son moral.