Essoufflement, toux du matin : cette maladie respiratoire silencieuse frappe déjà 1 adulte sur 10

En France, la BPCO touche près d’un adulte sur dix, souvent sans qu’il le sache. De la « toux du fumeur » au test de souffle, comment cette maladie respiratoire silencieuse bouscule notre santé publique ?
Essoufflement, toux du matin : cette maladie respiratoire silencieuse frappe déjà 1 adulte sur 10

Monter deux étages et devoir s'arrêter, garder une toux matinale que l'on pense liée au froid ou aux fêtes : beaucoup de Français connaissent ces signaux et les minimisent. Ils les attribuent au manque de sport ou à l'âge. En arrière-plan, une maladie respiratoire chronique peut pourtant s'installer sans presque aucun avertissement.

Cette atteinte silencieuse, c'est la bronchopneumopathie chronique obstructive, ou BPCO, qui enflamme les bronches, réduit peu à peu le passage de l'air et peut détruire les alvéoles. Elle est déjà la troisième cause de mortalité dans le monde. En France, elle touche 5 à 10 % des plus de 45 ans, soit près d'un adulte sur dix. Pourquoi reste‑t‑elle pourtant si méconnue ?

BPCO : une maladie chronique fréquente en France

La BPCO correspond à une obstruction permanente des voies aériennes qui progresse sur des années. Les parois bronchiques s'épaississent, s'enflamment, le calibre se rétrécit et l'air circule de plus en plus mal, jusqu'à l'emphysème avec destruction des alvéoles. Toux, crachats et essoufflement pour des gestes simples finissent par limiter la moindre activité.

Entre juillet 2021 et juin 2022, la base IQVIA a recensé plus de 1 300 000 personnes traitées pour BPCO, soit 2,1 % de la population française, dont 37 % de femmes et un âge moyen de 70 ans. 60 % disposent d'une ALD, et les traitements pour insuffisance cardiaque, pathologies cardiovasculaires, diabète ou troubles anxio‑dépressifs sont très fréquents, signe d'une forte polymédication.

Pourquoi la BPCO reste une maladie fantôme

Beaucoup attribuent leurs symptômes au tabac ou aux saisons. La phrase "Ce n'est rien, c'est ma toux de fumeur" masque une toux qui persiste plus de trois mois par an, avec des crachats matinaux et des bronchites qui traînent ou "descendent sur la poitrine". Plus de la moitié des patients recensés ont subi au moins une exacerbation de BPCO dans l'année, soignée par corticoïdes oraux, antibiotiques ou les deux.

Ce manque de dépistage se voit dans le suivi. "le recours aux pneumologues paraît faible, souligne le Pr Nicolas Roche (Service de pneumologie et soins intensifs respiratoires, hôpital Cochin, AP-HP Paris) l’investigateur principal de l’étude. Au cours de cette période d’un an, seuls 13 % de ces patients traités pour BPCO ont consulté un pneumologue, 63 % un médecin généraliste et 24 % à la fois un pneumologue et un médecin généraliste", explique le Pr Nicolas Roche, cité par Medscape. La maladie paraît alors banale, alors qu'elle poursuit les dégâts.

BPCO : facteurs de risque, test de souffle et piste génétique

Environ 80 % des cas de BPCO en France sont liés au tabac, mais pollution de l'air, fumées domestiques et certains métiers augmentent aussi le risque. Chez une personne de 45 ans ou plus avec toux durable ou essoufflement inexpliqué, une spirométrie, test de souffle simple, permet de détecter l'obstruction avant qu'elle ne devienne trop invalidante.

Les chercheurs ont identifié un variant du gène CHRNA5, fréquent en Europe, qui prédispose à l'emphysème et au remodelage des bronches même chez des non‑fumeurs. "Nous mettons en évidence les conséquences biologiques d’une mutation dans un gène associé à la BPCO", indique Valérian Dormoy, cité par l'Institut Pasteur, annonçant des pistes de traitements ciblés.