Au potager, cette façon de couper vos choux fait bondir les anciens et vous prive de récoltes cachées
Un matin d’hiver, vous traversez le potager gelé, couteau en main, et le geste part presque tout seul : vous tranchez le chou au ras du sol, arrachez la souche et admirez la planche bien nette. Pendant des générations, on a répété ce réflexe sans se poser de questions. Pour nos aïeux, au contraire, couper le chou à la base aurait semblé gâcher une partie de la récolte.
Ils savaient qu’un chou pommé reste vivant après la première coupe, car ses racines gardent encore de l’énergie. Tant que le pied de chou reste en terre, il peut lancer une nouvelle vague de petites pommes. Derrière ce simple geste se cache une stratégie de survie, patiemment observée dans les potagers de subsistance, qui réserve plus d’une surprise.
Pourquoi couper les choux à la base faisait bondir les anciens
Dans beaucoup de jardins actuels, on cherche un sol nu et bien rangé. Une fois la grosse pomme de chou coupée, le jardinier arrache tout, direction compost. Ce nettoyage express détruit pourtant un système racinaire déjà installé, capable d’alimenter encore plusieurs mini-légumes. Sur chaque pied arraché trop tôt, ce sont autant de repas potentiels qui disparaissent sans avoir existé.
Les anciens, eux, laissaient le pied de chou en place. Ils coupaient la tête plus haut, juste au-dessus des quatre ou cinq grandes feuilles de la base, en gardant un tronçon de tige de 5 à 10 centimètres. Ces feuilles épaisses, souvent écartées en cuisine, jouaient pourtant un rôle clé : elles continuaient à nourrir les racines et à soutenir une future repousse.
Le secret botanique qui transforme un chou en quatre
Quand la première pomme disparaît, le bourgeon terminal ne dirige plus la croissance. La fameuse dominance apicale se lève et la sève, pompée par les racines, se redirige vers les bourgeons axillaires, cachés à l’aisselle des feuilles restantes. Pour l’encourager, les anciens pratiquaient une coupe nette, parfois légèrement en biais, puis une petite entaille en croix d’un à deux centimètres au sommet du trognon.
Quelques semaines plus tard, souvent entre quatre et six semaines selon le froid, le tronc se couvre de trois ou quatre petites pommes, appelées chouettes ou jets. Elles n’ont pas la taille de la première, plutôt celle d’un œuf, d’une balle de golf ou de tennis, mais leur chair se révèle très tendre, plus douce, parfois moins soufrée. Elles cuisent vite, en poêlée ou à la vapeur, et prolongent la saison sans aucun nouveau semis.
Un pied de chou qui reste en terre, un potager plus généreux
L’intérêt ne se limite pas à cette double récolte. En gardant le pied jusqu’aux premières gelées, parfois même jusqu’au printemps, les racines maintiennent un sol vivant, plus meuble, moins tassé par les pluies hivernales. La tige et les feuilles restantes couvrent légèrement la terre et limitent le lessivage.
Si vous laissez ensuite quelques pieds monter en fleurs, les grappes jaunes attireront abeilles et bourdons avant que les vieux troncs ne finissent au compost. Sur une simple planche de dix choux, cette façon de ne pas couper à la base offre plusieurs repas supplémentaires, sans effort de plus ni surface en plus au potager.