Jardin noir : cette tendance bluffe les paysagistes et cache des bienfaits que personne n'attendait au jardin
© Reworld Media
Des massifs presque noirs envahissent les plans de paysagistes, de Giverny aux jardins privés français. Née en hiver, cette tendance chic cache des bénéfices étonnants.
Dans les dossiers de paysagistes, un détail intrigue de plus en plus : des massifs presque noirs qui accrochent le regard au milieu des verts habituels. Ce jardin noir, longtemps associé au deuil ou à l’excentricité, s’installe discrètement comme nouvelle signature des extérieurs contemporains. Bordures sombres, arbustes ténébreux, feuillages veloutés transforment les scènes les plus classiques. Derrière cet effet théâtral se cache pourtant une logique précise.
L’hiver et le début du printemps sont le moment idéal pour amorcer cette métamorphose. Quand le jardin paraît endormi, l’introduction de végétaux très sombres agit comme un révélateur de lumière, structure les massifs et crée des points d’ancrage là où tout semble plat. En jouant avec ces touches noires, on prépare un décor pour l’année. Et surtout, on active des atouts que peu de jardiniers imaginent encore.
Pourquoi le jardin noir séduit les paysagistes
Pour les concepteurs, le noir n’est pas un trou dans le paysage, mais une couleur très riche. Ces feuillages pourpres presque noirs concentrent des pigments appelés anthocyanes, mélange de rouges et de bleus qui donnent cet aspect velours. Placés dans un jardin nu, ils créent de la profondeur et servent de repères pour l’œil. Un massif beige et vert paraît soudain plus vivant dès qu’une touffe sombre vient souligner une allée ou encadrer un escalier.
Le jardin du Musée des impressionnismes à Giverny en est une vitrine : le paysagiste Mark Rudkin y a dessiné un jardin noir et un jardin blanc qui forment, vus du ciel, une palette de peintre. Responsable des lieux depuis 2002, Emmanuel Besnard s’appuie sur une ligne claire : « on observe beaucoup, on respecte la nature, on n’utilise pas de produits chimiques depuis 25 ans, donc un équilibre s’est créé dans le jardin », explique-t-il à Actu.fr, avant de résumer : « on laisse faire la nature, on essaye de voir comment ça évolue ».
Quelles plantes choisir pour un jardin noir lumineux
Pour composer ce décor sombre sans perdre en lumière, les paysagistes misent sur quelques valeurs sûres. L’Heuchera ‘Obsidian’, au feuillage persistant d’un pourpre si profond qu’il semble noir, tient le froid de février et s’installe en bordure ou en potée. En arrière-plan, le sureau noir ‘Black Lace’ fait office d’arbre graphique, avec un feuillage découpé qui rappelle celui des érables du Japon tout en restant plus rustique.
Pour les sublimer, les pros évitent le « tout noir » et les marient à des feuillages argentés, comme les armoises, ou à des verts très vifs. Les petites fleurs blanches de perce-neige ou les primevères ressortent alors comme sous un projecteur, surtout si l’on glisse au pied un tapis d’Ophiopogon planiscapus ‘Nigrescens’, au feuillage noir.
Les avantages insoupçonnés d’un jardin noir bien pensé
Ces teintes sombres réservent aussi quelques surprises. Les feuillages riches en anthocyanes sont moins appétissants pour certains insectes, ce qui limite les attaques sans sortir le pulvérisateur. Le sureau ‘Black Lace’, robuste et peu malade, s’intègre bien dans un jardin sans produits chimiques tout en offrant ses fleurs aux pollinisateurs. Plantés en fin d’hiver, ces végétaux développent des racines profondes, supportent mieux les sécheresses d’été et réclament moins d’arrosages.
En bref
- Depuis 2002, au Musée des impressionnismes de Giverny, Mark Rudkin illustre le jardin noir comme palette vivante pour paysagistes inspirés.
- Massifs sombres, heuchères et sureaux noirs structurent l’hiver, accentuent la lumière et misent sur des associations noir et blanc très graphiques.
- Les feuillages sombres promettent aussi des coups de pouce inattendus pour la biodiversité, l’entretien et la résistance du jardin au fil des saisons.
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