Jardin : si vous coupez ces plantes en automne, ne soyez pas surpris par ce désastre invisible au printemps

À l’automne, nombreux sont les jardiniers qui rasent vivaces, graminées et feuillages pour un extérieur impeccable. Mais derrière ce réflexe de propreté, votre jardin paie un prix insoupçonné.
Jardin : si vous coupez ces plantes en automne, ne soyez pas surpris par ce désastre invisible au printemps

Avec les premiers froids et les journées qui raccourcissent, beaucoup de jardiniers dégainent le sécateur comme on sortirait l’aspirateur avant les fêtes. Feuillages couchés, tiges brunies, graminées ébouriffées : tout y passe pour rendre au jardin paysager un visage net avant l’hiver.

Sauf que couper ce qui dépasse en novembre, des massifs de vivaces aux graminées ornementales, peut priver votre sol de sa meilleure protection naturelle et dérégler tout l’équilibre du jardin. De nombreux spécialistes du jardin paysager déconseillent d’ailleurs ce grand ménage automnal, en rappelant que, si vous les coupez maintenant, votre jardin risque bien d’en payer le prix fort au printemps.

Pourquoi certaines plantes à ne pas tailler en automne protègent votre jardin

Ce que l’on perçoit comme un désordre à éliminer cache en réalité un système de défense discret. Les tiges non coupées, les inflorescences sèches et les feuillages qui s’affaissent forment un paillis naturel qui protège la terre des chocs thermiques, limite l’évaporation et réduit l’érosion provoquée par la pluie et le vent. Dans un jardin en pente ou sur un sol léger ou argileux, cette couverture végétale évite que les nutriments ne soient emportés pendant toute la saison froide.

En laissant en place ces plantes à ne pas tailler en automne, le sol reste plus souple et plus vivant. Les feuilles sèches amortissent le gel, freinent la germination des adventices et préservent la vie souterraine. Vers de terre, micro-organismes et insectes utiles poursuivent leur travail de décomposition, qui rendra la terre plus friable et capable d’absorber bien mieux l’eau de pluie lorsque viendra le printemps, avec à la clé une biodiversité plus riche et des massifs qui repartent sans effort.

Feuilles mortes, vivaces et graminées : ce qui se passe quand on les coupe

Pour les feuilles mortes, tout se joue dans l’usage que l’on en fait. Sur la pelouse, lorsqu’elles forment une couche épaisse et collée par l’humidité, elles étouffent le gazon qui jaunit, privé de lumière, d’où la nécessité de les ramasser. Une fois collectées, les feuilles saines deviennent pourtant un trésor organique : étalées en un tapis généreux mais non tassé au pied des arbustes, des bulbes d’été ou des vivaces peu rustiques, elles jouent le rôle de couverture isolante et d’abri pour de nombreux insectes. Seule précaution, évacuer vers la déchetterie les feuilles issues de plantes malades ou celles ramassées sous les arbres fruitiers, afin d’éviter toute propagation de maladies.

Réparties sur les massifs ou les parcelles libres non gelées, ces feuilles se décomposent lentement et nourrissent la faune du sol, en particulier les vers de terre. Au printemps suivant, la terre s’en trouve enrichie, sa structure améliorée, plus friable et capable d’absorber davantage l’eau de pluie, prête à accueillir de nouvelles plantations. Tailler massivement en novembre et exporter feuilles et tiges fragilise au contraire l’ensemble du jardin avant les rigueurs de l’hiver, expose les racines aux gels tardifs, dérange la vie cachée sous la surface et freine la croissance au retour des beaux jours, tout en obligeant à compenser par plus d’arrosage et de travail.

Du jardin paysager à la ville : quand la coupe rase fait tout perdre

À Ourense, en Galice, les habitants ont vu cette logique poussée à l’extrême dans le jardin historique d’O Posío, créé au milieu du XIXe siècle comme jardin botanique pour sa richesse en arbres. En février, la mairie a lancé un chantier de remodelage de 2,3 millions d’euros et, depuis leurs balcons, des voisins ont commencé à constater l’abattage d’arbres, certains centenaires, qui ne correspondait pas à ce qui avait été convenu avec la municipalité lors de la conception du projet.

Des mois plus tard, l’inquiétude s’est transformée en colère. Des riverains expliquent "puisque les abattages continuent et le Posío est déjà dévasté", disent-ils, "des arbres sont morts par manque d'arrosage en été, tout comme des dizaines de plantes, et ceux qui ont résisté ont été coupés. O Posío n'est plus un verger", dénoncent-ils, en diffusant depuis leurs fenêtres un dossier photographique, la seule zone "pour pouvoir apercevoir la barbarie", assurent-ils au quotidien Faro de Vigo. Selon ces voisins, "pour gagner de l'espace libre dans ce parc, avec lequel ils veulent probablement privilégier un usage hôtelier dans le jardin et créer une macrocafétéria, pour augmenter le prix de l'adjudication à un coût élevé, 7 arbres ont été abattus". L’association Amigas das Árbores juge dramatique que "le maire d'Ourense et la conselleira de Medio Ambiente de la Xunta de Galicia aient annoncé le 'Premier Refuge climatique d'Ourense', qui consiste essentiellement à créer de nouvelles zones d'ombre en plantant des arbres et des jardins verticaux, tout en continuant à défaire ce qu'on appelle le Jardin Historique du Posío", indiquent ses membres, en parlant d’une zone verte "éliminée pour la convertir en une esplanade avec l'élimination d'arbres historiques, avec des machines lourdes piétinant le sol de terre et converti en parcelle pour des dizaines de voitures dans ce qui était une zone verte". Le collectif rappelle que "ce bétonnage imperméabilise la terre où il y avait de la végétation" et, avec Amigas da Terra, dénonce un "négationnisme arboricide et spéculateurs du patrimoine et des ressources publiques", une alerte qui résonne jusqu’aux plus petits jardins privés lorsque l’on remplace le vivant par des surfaces nues ou minérales.