Potager dévasté par les limaces : cette méthode inattendue les a tenues à distance sans poison chimique ce printemps
Des salades trouées, des tiges sectionnées au ras du sol et cette impression de bataille perdue d’avance contre les limaces : beaucoup de potagers de printemps ressemblent à ça. Ce jardinier amateur en faisait partie, malgré les pièges à bière, les cordons de cendre et les granulés bleus soigneusement alignés autour de chaque plant.
Un jour, il a tout arrêté et tenté l’inverse de ce que conseillaient voisins et forums. Dès l’automne, puis au tout début du printemps, il a choisi de nourrir les limaces… mais loin de ses salades. Dans un contexte où la loi Labbé interdit depuis 2019 les pesticides chimiques pour les particuliers, sa méthode a transformé son potager et soulevé beaucoup de questions.
Changer de regard : des ravageuses aux alliées du sol vivant
Avant de déposer le moindre appât, il a observé ces gastéropodes composés à près de 80 % d’eau, actifs seulement quand l’air reste frais et humide. Puis il tombe sur cette phrase : "Elle mange principalement (à plus de 98%)… des champignons.", explique la jardinière Guylaine Goulfier, dans un article publié par Jardinerie Kallenkoot. L’experte précise : "Elles dévorent ainsi le botrytis, l’oïdium, septoriose, cladosporiose et autres oïdiums.", puis "Elles limitent donc la prolifération et la dispersion des maladies.". Pour résumer son rôle discret au jardin, elle écrit même que "la limace est à la vie du sol ce que l’abeille est à la fécondation des fleurs."
Autrement dit, éliminer toutes les limaces fragiliserait le sol vivant. L’automne et la fin d’hiver deviennent alors des périodes clés : pendant que le potager se vide, les limaces pondent, se nourrissent à fond et préparent les attaques du printemps. Jouer sur leur alimentation à ce moment-là change la donne.
La stratégie des cantines : nourrir les limaces loin des cultures
Au lieu d’éparpiller des déchets partout, ce jardinier installe quelques "cantines" à quelques mètres de ses rangs sensibles, sous une planche ou un pot retourné, pour garder l’humidité. Il sait aussi, avec Guylaine Goulfier, que "les limaces ne dévorent pas toutes les plantes." et que "Il lui manque une enzyme digestive et celle-ci se trouve dans certains jeunes tissus végétaux.". En leur offrant des végétaux plus faciles à digérer, il détourne une partie de leur appétit.
Sur ces zones de diversion, il dépose régulièrement :
- Feuilles flétries de salade ou de chou
- Épluchures de pommes de terre, de courges, de pommes ou de poires
- Courgettes abîmées, tranches de melon ou de pastèque
- Pain légèrement humidifié, en très petite quantité
- Tas de feuilles mortes bien humides
Ajuster le jardin : paillage, prédateurs et résultats au printemps
Pour que cette cohabitation reste supportable, il a aussi revu son paillage. "La paille est le Bed & Breakfast des limaces, une auberge offrant gîte et couverts.", résume Guylaine Goulfier. Il remplace les couches épaisses de paille ou de BRF par de fines tontes, des feuilles et des couverts végétaux vivants, allégés en été. Il arrose le matin et profite des périodes plus calmes, car "En dehors du printemps et de la fin de l’été (parfois), ces souterraines et noctambules se font discrètes voire invisibles.". Autour, tas de bois, haies libres, coins de feuilles mortes et petite mare attirent carabes, crapauds, hérissons et oiseaux insectivores qui viennent chasser sur les zones d’appâts.
Les anciens granulés au métaldéhyde ont disparu du cabanon depuis l’interdiction liée à la loi Labbé. Il garde seulement quelques granulés au phosphate ferrique pour des rangs très fragiles. Après plusieurs saisons, il constate que "plus le potager printanier est rempli, plus les dégâts des gastéropodes se répartissent. Ils sont donc moins visibles.". Ses salades arrivent enfin entières à l’assiette, tandis que les limaces continuent à jouer leur rôle discret dans la santé du sol.