Si vous compostez vos écorces de citron et d’orange, ce phénomène méconnu peut bloquer tout votre tas
© Reworld Media
Au fond du composteur, vos écorces de citron et d’orange semblent intactes alors que tout le reste a disparu. Ce décalage cache une réaction discrète qui peut renforcer votre futur terreau.
Vous ouvrez votre composteur au début du printemps, les feuilles de salade ont disparu… mais les demi-oranges et citrons semblent presque neufs. Beaucoup se demandent alors si ces écorces finissent vraiment par se dégrader ou si elles restent là, comme momifiées, au milieu du futur terreau.
En réalité, les écorces de citron et d’orange bousculent l’équilibre du tas : peau épaisse, acidité marquée, huiles essentielles puissantes. Loin de les interdire, cela oblige surtout à comprendre ce qui se passe dans le compost pour les utiliser à votre avantage.
Pourquoi les écorces de citron et d’orange résistent dans le compost
L’écorce d’agrume forme une véritable armure. Sa couche extérieure cireuse est presque imperméable à l’eau et aux microbes, ce qui bloque l’accès aux tissus tendres. Résultat : là où une épluchure de carotte disparaît en quelques semaines, une demi-orange entière peut rester visible plusieurs mois, parfois près d’un an si le tas est sec et peu brassé.
La question revient souvent chez les jardiniers. « Oui, la question revient régulièrement à cette saison, quand on a consommé une quantité importante de fruits pendant les fêtes », explique Jean-Yves Meignen, interrogé par France Bleu. Il rappelle que les essences contenues dans la peau ont un effet antibactérien : « Les bactéries sont les principaux décomposeurs dans un compost, et ces essences peuvent perturber leur activité », précise-t-il. Le limonène, principal composé odorant, agit même comme un petit insecticide naturel, ce qui fait fuir les vers de compost.
Ce qui se passe vraiment dans le tas avec vos écorces d’agrumes
Côté chimie, la pulpe et l’écorce de citron tournent autour d’un pH 2 à 3, alors que les microbes du compost préfèrent un milieu proche de 6 à 7. En trop grande quantité, ces déchets très acides ralentissent l’activité des micro-organismes et certaines zones deviennent presque un bocal de conserve. Dans un gros tas bien mélangé, l’acidité est vite diluée ; dans un petit bac urbain, un apport massif peut bloquer la décomposition localement.
Au début, les vers et beaucoup de bactéries évitent ces zones chargées en huiles essentielles. Puis un autre acteur arrive : la moisissure bleue du genre Penicillium. Ces champignons aimant l’acide colonisent les écorces, percent la barrière cireuse et commencent à digérer cellulose et sucres. Ce duvet bleu-vert, souvent jugé inquiétant, est en réalité un signe que la dégradation est lancée et que, peu à peu, l’acidité se neutralise avant le retour des vers.
Comment composter les écorces de citron et d’orange sans bloquer le compost
Le premier geste consiste à casser cette armure. Couper les peaux en petits morceaux d’environ 1 à 2 cm augmente fortement la surface de contact et permet à l’humidité de pénétrer. Pour limiter l’effet des essences, Jean-Yves Meignen conseille aussi le séchage : « Quand on commence à consommer des agrumes en quantité, il est préférable de faire sécher les peaux. En les exposant au soleil ou en les déposant près d’une source de chaleur, comme un poêle à bois, les essences s’évaporent », indique-t-il. En bonus, « Les agrumes ont des vertus bénéfiques pour la santé, et leurs arômes peuvent même purifier l’air », explique Jean-Yves Meignen.
Une fois les écorces coupées (et éventuellement un peu sèches), l’idéal est de ne pas dépasser 10 à 15 % d’agrumes dans le volume du tas, en respectant un ratio d’environ une poignée de peaux pour deux poignées de matières brunes comme carton, feuilles mortes ou paille. Dans un lombricomposteur, elles restent à utiliser avec parcimonie, en tout petits morceaux, car les vers ne peuvent pas fuir. Bien dosées et régulièrement brassées, ces écorces finissent pourtant par disparaître et apportent azote, phosphore et potassium à votre sol.
En bref
- En hiver, Jean-Yves Meignen explique pourquoi les écorces de citron et d’orange semblent rester intactes si longtemps dans le compost domestique.
- Le texte détaille l’effet combiné de l’acidité, de la peau cireuse et des huiles essentielles d’agrumes sur les bactéries, les vers et la décomposition.
- Il montre comment un dosage précis et quelques gestes simples transforment ces peaux réputées problématiques en véritable atout pour la fertilité du sol.
Abonnez-vous pour ne rien rater de l’actualité