Tri des déchets : ce réflexe courant de millions de Français avec le bac jaune sabote le recyclage sans le savoir
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Barquettes, pots de yaourt, boîtes à pizza finissent au bac jaune encore garnis de restes. Comment ce réflexe de bonne foi peut-il faire dérailler tout le recyclage français ?
Dernière bouchée de gratin, assiette rincée au pain, et la barquette en aluminium encore nappée de sauce file dans le bac jaune. Le geste paraît exemplaire. Pourtant, ce réflexe très répandu peut envoyer votre barquette, et une partie de celles de vos voisins, tout droit vers l’incinération plutôt que vers le recyclage.
Le problème ne vient pas du matériau, mais des restes alimentaires qui l’accompagnent. Dans certains territoires, près de 30 % du contenu des bacs jaunes finit en refus de tri, avec des surcoûts évalués à une centaine de millions d’euros par an pour les collectivités. Comment quelques cuillerées de sauce peuvent-elles enrayer toute une filière industrielle ?
Restes alimentaires et bac jaune : le geste de tri qui fait dérailler le recyclage
Les spécialistes parlent de wish-cycling : l’envie de tout recycler, quitte à mettre « au cas où » un emballage encore bien rempli. Un pot de yaourt à moitié plein, une barquette de lasagnes avec des morceaux, une boîte de pizza garnie de croûtes deviennent alors des « indésirables ». Ils coulent, tachent et contaminent les papiers et cartons voisins, qui ne pourront plus être valorisés.
Pour le papier et le carton, tout se joue dans la pâte à papier, faite de fibres de cellulose mélangées à l’eau. L’huile et le gras perturbent cette pâte, donnent un carton tâché et fragile, inutilisable. Une simple boîte à pizza très imbibée doit donc aller aux ordures ménagères ou au compost. Pendant le stockage, les restes fermentent, dégagent des odeurs, favorisent moisissures et nuisibles, et compliquent nettement le travail des agents de tri.
Faut-il laver ses emballages avant de les jeter au tri ?
Les consignes de Citeo et des collectivités sont claires : inutile de laver, il faut que l’emballage soit vide, pas forcément impeccable. Les traces de sauce séchée sur un pot de ketchup ou le léger voile gras d’une boîte de conserve ne posent pas problème. En revanche, yaourt, soupe ou jus qui coulent encore doivent être vidés dans le bac à biodéchets avant de jeter l’emballage.
Gaspiller de l’eau potable chaude pour décaper chaque pot serait contre-productif. Le bon réflexe tient en une formule : vider, racler, mais ne pas décaper. Une cuillère ou une spatule permet de récupérer le produit, éviter le gaspillage alimentaire et préparer un emballage apte au recyclage. Petit test express avant le bac jaune :
- plus de morceaux ni de liquide qui s’écoule ;
- seulement un film de sauce ou de gras ;
- l’emballage est en vrac, non imbriqué dans un autre et sans sac fermé.
Quand la qualité des déchets décide du sort du recyclage
Dans les centres de tri, les capteurs optiques identifient les matières grâce à la lumière réfléchie. Une couche de purée ou de crème fausse cette « signature » : l’emballage est classé en anomalie puis envoyé vers l’incinération. Au stade du recyclage, des résidus alimentaires trop nombreux encrassent les bains de lavage des plastiques et donnent un matériau grisâtre, cassant, impossible à revendre.
Cette exigence de qualité vaut aussi pour d’autres filières. À propos de sa technologie de recyclage chimique du polyester, Alain Poincheval résume un défi partagé : « La difficulté était de trouver la technologie qui pouvait valoir le coup économiquement », explique le directeur opérationnel de Reju, cité par Sud Ouest. Il ajoute : « Aux États-Unis, pour nous approvisionner, nous pouvons nous appuyer sur Goodwill, une organisation à but non lucratif qui assure la collecte de plus de la moitié des textiles usagés et qui réalise 6 milliards de dollars de chiffre d’affaires, précise Alain Poincheval. Mais en Europe, le secteur est très fragmenté, et des structures comme Le Relais ou Emmaüs ne sont pas en capacité d’investir pour assurer un approvisionnement de qualité. Nous devons identifier des poids lourds et les accompagner. » Ces tonnes de matières ne deviennent réellement recyclables que si, en amont, les déchets sont bien triés et débarrassés de ce qui n’a rien à faire dans la boucle, comme les restes alimentaires qui ont désormais leur place dédiée dans le composteur ou le bac à biodéchets.
En bref
- En France, les collectivités et Citeo alertent sur les restes alimentaires qui saturent le bac jaune et renchérissent le recyclage des emballages ménagers.
- Derrière « faut-il laver ses emballages avant de les jeter au tri », le vrai enjeu concerne les contenants mal vidés qui perturbent le tri.
- Des gestes simples en cuisine, centrés sur les biodéchets et la qualité des emballages, transforment pourtant radicalement l’efficacité du bac jaune au quotidien.
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