On vous le vend comme indispensable : ce médicament d’hiver culte n’est en réalité qu’un énorme placebo

Publié le ParRédaction Elle adore
On vous le vend comme indispensable : ce médicament d’hiver culte n’est en réalité qu’un énorme placebo © Reworld Media

En France, chaque hiver, des millions de boîtes d’Oscillococcinum passent du comptoir de pharmacie aux salons familiaux. Derrière ce réflexe rassurant se cache un cas d’école de placebo qui interroge médecins, patients et éthique du soin.

Premiers frissons, gorge qui pique, fatigue qui s’installe… Pour beaucoup, la suite est écrite d’avance : un passage éclair à la pharmacie et la petite boîte blanche, orange et jaune finit sur la table du salon. Vendue comme un indispensable de l’hiver, elle rassure autant qu’un plaid chaud, au point d’être devenue un achat presque réflexe.

Derrière ce rituel très français se cache Oscillococcinum, star de l’homéopathie écoulée par millions de boîtes chaque année. Ce succès, transmis de parents à enfants, a fait de ce tube l’un des médicaments sans ordonnance les plus rentables du pays. Mais quand on ouvre la boîte, la réalité ressemble surtout à l’histoire d’un placebo géant qui a conquis la France.

Oscillococcinum, le réflexe d’hiver qui repose sur du sucre

Au départ, il y a Joseph Roy, médecin militaire pendant la grippe espagnole de 1917. En observant du sang au microscope, il croit voir un microbe oscillant qu’il baptise « oscillocoque » et qu’il accuse de provoquer grippe, cancer et bien d’autres maladies. Sauf que les connaissances actuelles ont montré que la grippe est due à un virus invisible pour les microscopes de l’époque : « le problème majeur, c’est que ce microbe n’a jamais existé ».

Roy prépare malgré tout un remède à partir de foie et de cœur de canard de Barbarie, Anas Barbariae. Aujourd’hui encore, la souche officielle d’Oscillococcinum reste cet extrait d’organes, mais dilué à 200K, une dilution korsakovienne répétée 200 fois. Au delà du nombre d’Avogadro, la probabilité de retrouver une seule molécule de canard devient quasi nulle. Le produit final, ce sont donc des granules composées de saccharose et de lactose, environ 1 gramme de sucre par dose : le consommateur paie littéralement du sucre au prix d’un produit de luxe.

Un cas d’école d’effet placebo à la française

Par définition, un placebo est « un traitement inerte sans substance active, par exemple une pilule de cellulose qui entre et sort sans être digérée ». Un tube de sucre où l’on ne retrouve plus aucune trace de foie ou de cœur de canard correspond parfaitement à cette description. Pourtant, beaucoup de patients disent sentir un mieux, ce qui colle avec les travaux montrant qu’un médicament sans principe actif peut soulager 30 à 60 % des gens selon le contexte, grâce à la libération d’endorphines, à la dopamine et à l’activation du cortex préfrontal.

La France se distingue aussi par sa pratique très large des placebos en général. Une étude citée par Science et Vie rapporte que 2,5 % des consultations de médecine générale incluent un placebo, et que « plus de 80 % des médecins généralistes ont déjà prescrit un traitement placebo dans l’espoir qu’il produise une réponse placebo bénéfique pour leurs patients ». Cela va du tube de granules à l’antibiotique donné pour une infection pourtant virale, simplement pour répondre à l’attente de « faire quelque chose ».

Vers un Oscillococcinum assumé comme placebo honnête

Longtemps, on a pensé qu’un placebo ne marchait que si le patient ignorait tout. Une équipe du laboratoire TIMC, près de Grenoble, a testé l’inverse : un placebo annoncé comme tel, avec des explications. Son coordinateur, Nicolas Pinsault, résume ainsi leurs résultats : « Nos résultats réhabilitent la possibilité d’administrer un placebo dans des conditions éthiques », a-t-il expliqué au CNRS. Selon lui, « en expliquant au patient ce qu’est l’effet placebo et comment il fonctionne, le placebo éduqué répond totalement à ces nouvelles attentes ».

Dans ce cadre, Oscillococcinum, inerte sur le plan moléculaire mais profondément ancré dans les habitudes, pourrait devenir le symbole d’un placebo ouvert assumé pour les petits maux de l’hiver, utilisé en connaissance de cause aux côtés des réflexes vraiment utiles comme le repos, l’hydratation et la consultation médicale en cas de signe inquiétant.

Sources

En bref

  • En 1917, le médecin militaire Joseph Roy invente Oscillococcinum, futur best-seller hivernal français aujourd’hui relu à l’aune de l’effet placebo.
  • Oscillococcinum, dilué à 200K jusqu’à ne plus contenir de canard détectable, illustre un traitement composé quasi exclusivement de saccharose et lactose.
  • Entre succès commercial, pratiques françaises de prescription de placebos et émergence du "placebo honnête", ce tube sucré pourrait changer notre façon d’envisager les soins.