Ce manège discret des merles en hiver révèle pourquoi vos boules de graisse ne les aident presque pas

En plein hiver, vos merles ignorent les boules de graisse et s’acharnent dans les feuilles mortes au pied des haies. Ce comportement cache un indice précieux pour les aider à surmonter les nuits glaciales.
Ce manège discret des merles en hiver révèle pourquoi vos boules de graisse ne les aident presque pas

Un matin de janvier, les boules de graisse pendent pleines sur les branches, littéralement prises d’assaut par les mésanges. Au pied des haies, le contraste frappe : un merle noir sautille, gratte frénétiquement les feuilles mortes et ignore complètement la mangeoire. Vu de la fenêtre, ce manège ressemble à un caprice.

En réalité, ce comportement au sol révèle la meilleure façon de nourrir les merles en hiver. Leur façon de fouiller l’humus indique où la nourriture reste accessible quand tout gèle en surface. Tout se joue dans cette fine couche de feuilles mortes que beaucoup de jardiniers ramassent trop vite.

Pourquoi les merles fouillent le sol au lieu des mangeoires

Contrairement aux mésanges acrobates, le merle noir n’est pas fait pour manger suspendu. Ses pattes sont adaptées à la marche, pas à l’agrippement sur un filet qui se balance, et son bec fin préfère les proies molles aux graines dures. Monter sur une boule de graisse lui demande une dépense d’énergie énorme, en plus d’une position très exposée aux chats.

Quand le thermomètre plonge, son instinct de fouisseur reprend le dessus. Le merle projette alors les feuilles mortes violemment de gauche à droite pour dégager l’humus. Sous ce couvert, la terre reste meuble et cache vers de terre, larves, escargots engourdis. Pour un oiseau qui peut perdre jusqu’à 10 % de son poids en une seule nuit glaciale et doit garder une température d’environ 40 °C, ces protéines et lipides sont vitaux.

Sous les feuilles mortes, le garde-manger secret des merles

Un tapis de feuilles de quelques centimètres agit comme une couverture isolante. Là où le sol nu devient dur comme du béton, la terre sous les débris végétaux gèle moins. La microfaune du sol y reste active ou au moins accessible au bec du merle. En comparaison, les baies en hauteur de lierre, pyracantha ou aubépine, abondantes à l’automne, sont presque épuisées en janvier et durcies par le gel, donc difficiles à avaler.

Observer les zones où les feuilles sont retournées en petits cercles permet de repérer les "coulées" de chasse du merle. C’est là que la nourriture au sol sera la mieux acceptée : directement sur la terre ou sur un plateau bas, près d’une haie ou d’un buisson dense servant de refuge, mais avec une vue dégagée pour voir arriver les prédateurs.

Que donner à manger aux merles en hiver, très concrètement

Pour compléter ce que le merle trouve en fouillant, l’idée est d’apporter des aliments mous, énergétiques et faciles à repérer au sol, de préférence sous les arbustes :

  • morceaux de pommes ou poires flétries, riches en eau et en sucres ;
  • raisins secs réhydratés dans de l’eau tiède ;
  • flocons d’avoine mêlés à un peu d’huile végétale ;
  • vers de farine ou mélanges d’insectes séchés.

Le pain, les restes salés ou le lait n’apportent pas ce qu’il lui faut et peuvent le fragiliser. Les boules de graisse en filet ou suspendues restent plutôt à réserver aux mésanges. Un merle affaibli en janvier aura plus de mal à défendre un territoire ou à se reproduire en février et mars ; en respectant son comportement fouisseur et en laissant quelques tas de feuilles et fruits au pied des haies, le jardin se remplira plus facilement de ses chants au retour des beaux jours.