Lait infantile : après Nestlé, Lactalis et Danone rappellent des boîtes pour une toxine méconnue qui affole les parents
Pour des parents ébranlés par l’affaire Nestlé, voir d’autres marques de lait infantile retirer leurs boîtes peut donner le vertige. En quelques semaines, plusieurs références de laits en poudre pour bébés ont quitté les rayons dans plusieurs pays, officiellement par mesure de précaution. Au centre de l’alerte, une même toxine méconnue mais redoutée des spécialistes.
Tout commence en décembre 2025, quand des laits Nestlé Guigoz et Nidal sont signalés par l’Italie via le système européen RASFF pour un risque de toxine céréulide liée à un ingrédient, l’acide arachidonique. La France suit avec deux vagues de rappel, puis d’autres industriels sont touchés, jusqu’à Lactalis et Danone. Une même question revient dans toutes les familles.
Nestlé : rappels massifs et premiers signaux d’alerte chez les bébés
En France, Nestlé a rappelé dès le 10 décembre 2025 des laits en poudre Guigoz et Nidal, fabriqués notamment sur le site de Boué, dans l’Aisne. Dans une vidéo adressée aux consommateurs, le patron de la division nutrition infantile, Philipp Navratil, déclare : "Je tiens à vous rassurer : aucun cas de maladie liée aux produits touchés n’a été confirmé jusqu’à présent", dans une séquence citée par Franceinfo.
Sur le terrain, des parents ont signalé des nourrissons malades après ces biberons. "Des vomissements, des diarrhées très importantes… On a changé la couche quinze fois. On est partis aux urgences et les médecins ont constaté une perte de poids", raconte une mère d’un bébé de quatre mois. Les centres antipoison ont reçu une soixantaine d’appels, et le centre de crises sanitaires du ministère de la Santé indique que "l’imputabilité des symptômes avec la consommation du lait incriminé n’a été établie dans aucune des situations signalées".
Lactalis, Danone : rappels de précaution en cascade
Le 21 janvier 2026, Lactalis Nutrition Santé a rappelé à son tour six lots de laits infantiles Picot, vendus en pharmacie et en grande distribution, en France et dans 18 pays. Motif officiel : la possible présence de céréulide dans un ingrédient commun, l’acide arachidonique, fourni par un acteur international. Le groupe parle lui aussi de rappel de précaution et affirme n’avoir reçu, à ce stade, aucun signalement sanitaire lié à ces boîtes.
Céréulide, Anses, DGAL : une toxine difficile à traquer
La toxine céréulide est produite par certaines souches de Bacillus cereus, une bactérie qui compte parmi les principales causes d’intoxications alimentaires en France. Résistante à la chaleur, elle peut rester dans l’aliment même lorsque la bactérie a été éliminée et provoquer vomissements, diarrhées ou atteintes graves des reins et du foie. "Des cas mortels, notamment chez des nouveau-nés et de jeunes enfants, ont déjà été documentés", alerte l’avocate Nathalie Goutaland.
Pourtant, un seul laboratoire français, rattaché à l’Anses, est accrédité pour détecter cette toxine, et les Directions départementales de la protection des populations peuvent lui envoyer des échantillons. Le guide 2023 de la DGAL prévoit des prélèvements quand au moins deux malades sont signalés, mais des familles et l’ONG Foodwatch disent se heurter à des refus de tests et à un sentiment d’abandon.