Jardiniers : continuer à nourrir les oiseaux après ce moment du printemps peut tuer leurs petits
© Reworld Media
En France, des milliers de jardiniers continuent de remplir leurs mangeoires bien après l’hiver, persuadés de protéger les oiseaux des jardins. À quelle date ce réflexe commence-t-il pourtant à menacer leurs oisillons ?
Tout l’hiver, des milliers de jardiniers remplissent leurs mangeoires, ravis de voir mésanges, rouges-gorges ou verdiers se presser aux fenêtres. Le geste rassure : en ajoutant graines et boules de graisse, on a vraiment l’impression d’aider ces petits oiseaux à traverser le froid.
Quand les premiers bourgeons apparaissent, beaucoup continuent machinalement ce rituel, alors que les chants montent et que les insectes reviennent. Plusieurs spécialistes alertent pourtant : à ce moment de l’année, ce réflexe bienveillant peut se transformer en vraie menace pour les oiseaux de nos jardins. La date clé n’est pas celle que l’on croit.
Pourquoi arrêter de nourrir les oiseaux au printemps les protège vraiment
En plein hiver, surtout lors d’épisodes de gel ou de neige durable, la LPO recommande de nourrir pour éviter l’épuisement des oiseaux. Les graines grasses servent alors de carburant. Dès que les températures remontent, leur métabolisme bascule vers la période de reproduction. Trop de graisse dérègle ce cycle : « On arrête le nourrissage parce que, si la femelle reçoit trop de nourriture grasse, elle commencera à ovuler trop tôt », a expliqué Hervé Gros sur France Bleu.
Si la ponte est avancée, « Les jeunes qui naissent en mars ou avril se retrouvent sans chenilles ou insectes pour les nourrir, car la végétation est encore en train d’éclore », a-t-il précisé. Or les oisillons sont insectivores : « Ils doivent manger des insectes au printemps, et non des graines ». En continuant à gaver les adultes de tournesol ou de boules de graisse, on casse l’ajustement naturel entre naissance des petits et explosion des insectes.
Ce qui se passe si les mangeoires restent pleines après le 20 mars
Le danger commence au nid. Par facilité, les parents peuvent rapporter ce qu’ils trouvent à la mangeoire plutôt que d’aller chercher chenilles et larves. Hervé Gros raconte : « Les mésanges ont donné l’amandon directement dans le bec des petits, qui se sont étouffés. » L’estomac immature des jeunes ne digère pas ces graines ; des carences, des malformations osseuses ou un plumage de mauvaise qualité peuvent apparaître, avec des oisillons condamnés au moindre coup de froid.
Quand les températures montent, les restes de nourriture humides et les fientes transforment la mangeoire en bouillon de culture. Les scientifiques évoquent la salmonellose ou la trichomonose aviaire qui se propagent très vite lorsque de nombreux oiseaux se posent au même endroit. Les individus affaiblis deviennent aussi des proies faciles pour les chats ou les éperviers, attirés par ce garde-manger fixe où des oiseaux parfois alourdis par la graisse décollent plus lentement.
Le bon moment pour arrêter et les gestes qui aident vraiment les oiseaux
Pour la LPO, le nourrissage se limite aux périodes de froid prolongé, en général de mi-novembre à fin mars. Autour du 20 mars, on peut réduire progressivement les apports jusqu’à laisser les mangeoires vides. « On ne s’inquiète pas pour les oiseaux adultes, qui élimineront le gras accumulé cet hiver et chercheront des endroits pour leur nid » : ils retrouvent rapidement leurs ressources naturelles.
La meilleure aide au printemps consiste à rendre le jardin vivant. « Les oiseaux adorent les insectes et les punaises, alors apprendre à construire un hôtel à insectes ou laisser des zones sauvages pleines de bûches et de feuilles est toujours une bonne idée. Ici, les coléoptères et les vers prospéreront, offrant de nombreuses possibilités d’alimentation aux oiseaux », a expliqué Siobhan Shaw, citée par Mon Jardin Ma Maison. Quelques gestes simples à privilégier au printemps :
- offrir un point d’eau peu profond, changé chaque jour – « L’eau propre, on peut continuer à la mettre, c’est valable toute l’année. » ;
- planter haies champêtres, fleurs mellifères et arbustes à baies pour attirer insectes et fruits ;
- laisser un coin de pelouse non tondu et un tas de feuilles ou de branches pour abriter vers et coléoptères.
Sources
-
Mon Jardin Ma Maison
«Fini les mangeoires : voici comment nourrir les oiseaux malades en hiver»
En bref
- Depuis des années, jardiniers et LPO alertent, tandis qu’Hervé Gros détaille les risques des mangeoires maintenues après le 20 mars en France métropolitaine.
- Les experts expliquent pourquoi arrêter de nourrir les oiseaux au printemps, entre changement de régime alimentaire, maladies liées aux mangeoires et dérèglement de reproduction.
- Conséquences sur les oisillons, propagation de la trichomonose aviaire ou de la salmonellose, pièges pour prédateurs : les effets réels surprennent les protecteurs amateurs.
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