Se laisser mourir par amour : cette croyance romantique cache en réalité un signal d’alarme à ne jamais ignorer

Publié le ParRédaction Elle adore
Se laisser mourir par amour : cette croyance romantique cache en réalité un signal d’alarme à ne jamais ignorer © Reworld Media

Entre veuf éteint, chat qui ne mange plus et jeunes au bord du gouffre, l’expression “se laisser mourir par amour” fascine encore. Mais que cache vraiment ce scénario tragique ?

On dit souvent qu’il ou elle se laisse mourir par amour : un veuf qui dépérit après un deuil, un chat qui ne mange plus depuis la disparition de son humain, une héroïne qui s’abandonne comme dans les romans du XIXe siècle. Même le western revisité du film italien Pile ou Face joue avec ces images de passions absolues.

Ces récits flattent notre goût du romanesque et donnent l’impression que souffrir prouve la force d’un lien. Pourtant, derrière l’expression se laisser mourir par amour, se cachent le plus souvent une souffrance biologique ou une détresse psychologique qui se soignent. Croire au mythe peut retarder les soins, chez les animaux comme chez les humains. Le vrai danger, c’est justement d’y croire.

Se laisser mourir par amour : du grand roman au corps qui lâche

La figure de l’être aimé qui se sacrifie imprègne notre imaginaire, de la « demoiselle en détresse » aux cow-boys héroïques. Dans Pile ou Face, Alessio Rigo de Righi et Matteo Zoppis s’amusent à tordre ces codes : leur histoire d’amour douce et moderne met au centre Rosa, jeune femme fougueuse qui cherche sa liberté plutôt qu’une victime réduite à souffrir.

Dans la vraie vie, les enquêtes internationales pilotées par Alex Bryson, professeur de sciences sociales à l’Université de Londres, dessinent une tout autre histoire. « Le milieu de vie reste en réalité assez moyen », nuance Alex Bryson, cité par Slate. « Le vrai basculement concerne les jeunes adultes, dont le niveau de détresse ne cesse d’augmenter ». La fameuse courbe en U du bien-être s’est aplatie : plus on vieillit, plus on se déclare heureux, quand les jeunes adultes cumulent réseaux sociaux, Covid-19 et difficulté d’accès aux soins psychologiques.

Quand un chat « se laisse mourir d’amour », son foie tire la sonnette d’alarme

Face à un chat qui ne mange plus après la mort de son maître, on entend souvent qu’il veut le rejoindre, comme un héros tragique. Or aucun travail scientifique n’atteste qu’un chat choisit de mourir par amour. C’est un animal de routine : quand les horaires, les odeurs rassurantes et les interactions disparaissent, tout son univers se dérègle et il entre en état de sidération anxieuse.

Dans cette confusion, le chat cesse parfois de s’alimenter. Son organisme mobilise alors ses réserves de graisse, son foie se retrouve saturé et développe une lipidose hépatique. L’animal devient jaune, nauséeux, pris dans un cercle vicieux où la nausée l’empêche de remanger. Ce silence alimentaire, romantisé comme un chagrin d’amour, correspond en réalité à une urgence vétérinaire qui impose alimentation assistée, médicaments orexigènes et environnement apaisant.

Voir la détresse derrière les mots « mourir d’amour »

Les mêmes mécanismes de déni jouent chez les humains. Quand un jeune qui vient de vivre une rupture va soudain très mal, l’entourage parle facilement de grand chagrin et de passion dévastatrice. Or les travaux d’Alex Bryson montrent que le creux du bien-être, jadis centré sur la quarantaine, touche désormais les premières années de l’âge adulte, période de forte vulnérabilité mentale.

Face à un proche ou à un animal qui « se laisse mourir par amour », le geste le plus tendre consiste alors à consulter vite vétérinaire ou médecin, et à nommer sa souffrance plutôt qu’à applaudir une belle histoire tragique.

En bref

  • Alex Bryson décrit, études à l’appui, une époque où les jeunes adultes cumulent chagrin d’amour et risques graves derrière l’expression se laisser mourir par amour.
  • Chez le chat endeuillé, perte d’appétit, routine brisée et lipidose hépatique montrent que se laisser mourir d’amour ressemble surtout à une alerte vétérinaire majeure.
  • Du cinéma aux drames intimes, l’article invite à voir derrière le mythe romantique des signaux alarmants qui transforment notre façon d’aider ceux qui s’éteignent.